‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 184 sur 432 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

permettre d'y en tenir une. Voici les raisons qui vous y pourront induire :

Il est nécessaire d'avoir une communauté attenant l'église de Saint-Merry pour assister les paroissiens. Vous l'avez jugé si nécessaire que vous y en avez entretenu une.

11 n'y a point de lieu propre pour la tenir que votre maison; elle y est appropriée.

Vous n'avez pas moins de charité pour les paroissiens en votre absence qu'en votre présence.

Je désire vous décharger de quatre cents livres de loyer que vous payez pour la maison, et de toutes les réparations de la maison qui dépérit.

Je ne prétends point qu'on habite votre appartement; vous le reprendrez à votre retour.

Vous gouvernerez la communauté conjointement avec moi. Je prétends la composer d'ecclésiastiques de l'église qui vous sont connus.

Je prétends que nous vivions ensemblement comme frères.

Si vous y consentez, vous donnerez un témoignage à toute la paroisse de votre foi et charité. Vous faciliterez votre retour à Paris par ce moyen.

A votre retour je ne consentirai point que vous teniez aucune communauté.

J'ai pensée de la tenir annexée à ma qualité.

Je consentirai volontiers que vous la teniez conjointement avec moi, avec l'autorité et l'honneur qui vous est dû.

Vous me permettrez de dire ingénument que je ne souffrirai jamais des ecclésiastiques qui ont été interdits, ni autres de semblable créance.

Il me semble que ces raisons vous doivent porter à désirer et à procurer avec moi une communauté pour la charité que nous devons avoir pour nos paroissiens. J'ajoute à tout cela les instantes prières que je vous en fais, vous assurant que vous procurerez plus votre bien et celui de nos paroissiens que le mien.

J'espère cette faveur de vous, et que, par la bonté et la perspicacité de votre esprit, vous pénétrerez et considérerez le fond de ces raisons plus que la superficie. Vous me ferez s'il vous plait réponse promptement; je vous puis

assurer que je ne cesse point de prier Dieu pour vous et pour ceux qui sont attachés à votre conduite, au saint sacrifice de la messe. Que si vous et moi sommes en bon état, moi pour prier, et vous pour recevoir l'effet de mes prières, j'espère que nous vous reverrons bientôt retourner avec une joie universelle. Saint Paul écrivant aux Corinthiens, leur disait : Puto quod spiritum Dei habeam. C'était une pensée bien humble pour cet apôtre. Que si je vous en dis autant de moi à l'égard de ce que je vous écris, j'ai peur qu'il n'y ait de la présomption en moi; toutefois c'est avec humilité que je soutiens que quand toutes nos pensées, paroles et actions tendent à la gloire de Dieu et à la sainteté, le Saint-Esprit en est l'auteur. Faites-moi réponse, s'il vous plaît, et vous ferez accroître en moi le désir que j'ai de vous secourir et de vous voir comme étant, Monsieur, Votre très humble et affectionné confrère et serviteur,

E. Amyot.

Vous excuserez si je ne vous ai pas écril de ma propre main. Je ne l'ai pu faire; je me suis servi de celle de mon neveu, qui est la même chose que moi. »

Une lettre si pleine d'insultes ne servit qu'à exercer tout de nouveau la patience de M. Duhamel au milieu de son exil; et quoiqu'il n'y eût rien de si aisé que d'y répondre et de faire voir en combien de différentes manières elle choquait le bon sens, la justice et la charité; on conseilla néanmoins à ce docteur de ne pas prendre d'autre parti que celui d'un profond silence, de peur d'irriter encore davantage ce fier et impitoyable collègue, ridiculement enflé de l'heureux succès de ses intrigues.

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