CHAPITRE XXII
Intrigues des Jésuites pour empêcher la réception des articles dressés par le clergé sur la matière de la hiérarchie.
Les Jésuites n'étaient point assez raisonnables pour se contenter de l'impunité des entreprises qu'ils avaient faites sur la hiérarchie et sur l'autorité des pasteurs en la personne du Père Bagot. Leur dessein ne tendant pas moins à avilir l'autorité des évêques que celle des curés, ils ne pouvaient souffrir que l'Assemblée réglât leur commission, et afin de ne dépendre de personne, ils affectaient de ne dépendre que du pape. Mais comme ils n'avaient pas la hardiesse de produire si nettement au dehors leurs véritables sentiments, ils aimèrent mieux faire agir directement M. le nonce, et chercher un si puissant intercesseur, dont ils disposaient absolument, au lieu de paraître en cette affaire en qualité de parties.
Leur nouvelle intrigue commença à éclater dans l'Assemblée du clergé qui se tint le mardi 20e de mars, de relevée. Car les articles y ayant été lus de nouveau, M. l'évêque de Montauban reçut un billet de la part de M. le cardinal
Mazarin qui lui mandait qu'il désirait voir les articles. De quoi cet évêque ayant donné avisa la compagnie, elle agréa qu'il en sortît pour aller trouver ce cardinal et lui communiquer les articles, d'autant qu'il était président de l'Assemblée, et que la résolution du 17 du môme mois portait qu'ils seraient communiqués à tous ceux qui la composaient, et la délibération en fut remise au lendemain.
Mais quoique les évoques de dehors s'y fussent rendus pour y prendre part, on remit encore à en traiter au jour suivant, parce que M. de Montauban n'était pas encore de retour de Vincennes.
Le Jeudi 22, messeigneurs les prélats de dehors s'étant rendus dans la salle de l'Assemblée, M. l'évêque de Montauban rapporta à la compagnie qu'il avait vu à Vincennes M. le cardinal Mazarin, lequel avait désiré de voir les articles à cause que M. le nonce avait demandé audience au roi pour se plaindre du contenu en iceux ; desquels ayant fait lecture à Son Éminence, elle avait dit qu'il n'y remarquait rien qui ne pût être soutenu ; mais qu'il lui semblait que la condamnation des livres à la doctrine desquels on voulait opposer les articles, remédiait au mal qu'elle pouvait faire autant que les articles mêmes; et que Mer le nonce s'en plaignant, il était de la prudence de la compagnie de lui en ùter tout le sujet, afin que Sa Sainteté n'eût pas lieu d'en être mal satisfaite. Qu'ensuite, M. le cardinal lui ayant conseillé de voir M. le nonce en particulier, il l'avait vu et lui avait dit que Son Éminence l'avait chargé d'aller chez lui pour le prier de lui faire entendre le sujet qu'il croyait avoir de se plaindre des articles, ne doutant point que l'Assemblée ne se portât volontiers à éviter toutes les choses qu'il jugerait déplaire à Sa Sainteté, pour l'autorité et pour la personne de laquelle tous les prélats et tout le clergé de France avaient un entier respect. A quoi M. le nonce avait réparti que les articles dont une personne très affectionnée au Saint-Siège lui avait donné une copie ne contenaient point de doctrine qui n'eût des auteurs pour l'appuyer; mais que le contraire, en ce qui regarde la juridiction extérieure des évêques, était embrassé par plusieurs évêques de différentes nations; que cette question avait été agitée au concile de Trente et conçue en des termes dont toutes les nations qui le composaient avaient convenu, et que si la nation française voulait