LIVRE XVI
aujourd'hui parler autrement, elle donnerait lieu aux évoques italiens, allemands et espagnols de s'ouvrir d'une manière qui peut-être ferait paraître une espèce de schisme entre les prélats, sans ce qui pourrait être fait de la part de Sa Sainteté ; laquelle voyant que les évêques français voudraient seuls porter leurs décisions sur cette matière au delà de ce qui est porté par le concile de Trente n'en serait pas satisfaite. Qu'il avait répondu à M. le nonce que les articles que les commissaires de l'Assemblée avaient été chargés de dresser pour opposer à une doctrine que quelques livres modernes avaient enseignée ne pourraient jamaisêtre expliqués comme venant d'un dessein de diminuer l'autorité du pape, puisque dans les mêmes articles il en était parlé avec des termes qui non seulement en ôtent tout le soupçon, mais qui détruisent et qui renversent toutes les opinions des moins affectionnés au Saint-Siège, et particulièrement celle qu'on a appelée le Richérisme, l'article qui regarde Sa Sainteté portant que sa juridiction sur toute l'Église est immédiatement de J.-G. ; qu'il est de droit divin pasteur de l'Église universelle, supérieur de tous les évêques dans toute la chrétienté, et que tous lui doivent de droit divin obéissance selon les canons; que ces termes étaient si forts et si exclusifs des opinions contraires que ceux qui font profession de cette doctrine ne pouvaient jamais passer pour suspects de vouloir diminuer l'autorité du pape; que pour celle des évêques, l'article qui la maintient était fondé sur la doctrine constante des anciens, enseignée par saint Ignace martyr, saint Denis, saint Cyprien, saint Augustin et les autres anciens Pères; qu'elle était mise comme indubitable dans le décret de Gratien ; que les papes Urbain II et Innocent III l'avaient autorisée aux conciles de Clermont et de Latran; qu'enfin le concile de Trente, appuyé sur la tradition de tous les siècles qui l'ont précédé, en avait parlé si clairement en quatre endroits, qu'il avait fallu pour l'éluder que quelques scholastiques modernes aient inventé le mot médialement. Qu'à ce terme scholastique, inconnu à l'Église, il en fallait opposer d'autres qui en effet n'étaient pas du concile ; mais dont, pour conserver la doctrine tout entière il fallait faire usage, sans entendre néanmoins que les termes que Ton employait portassent aucune exclusion du pouvoir que le pape a de droit divin sur les évêques. Qu'ainsi il ne croyait m 22
pas qu'il y eût lieu de trouver mauvais le contenu dans ces articles; que néanmoins, on pourrait par respect pour les sentiments de M. le nonce ne pas défendre d'enseigner l'opinion contraire, et supprimer l'article qui contient la défense, et qu'il lui avait offert de le proposer à l'Assemblée.
Cela fit dire à quelques-uns des évêques qui se trouvaient à l'Assemblée, que si on convenait pour satisfaire M. le nonce de supprimer l'article qui porte défense d'enseigner la doctrine contraire, il fallait au moins ordonner la suppression des livres à la doctrine desquels on voulait opposer les articles, pour satisfaire en quelque façon à la délibération du premier jour de février, portant qu'on ferait des articles avec défense d'enseigner rien de contraire.
L'affaire ayant été mise en délibération par M. l'archevêque de Narbonne, président, et les avis des provinces ayant été pris, il fut résolu que les articles dressés par MM. les commissaires seraient reçus sans défense d'enseigner le contraire ; et que les livres de l'anonyme et du Père Bagot et le sommaire seraient supprimés; et sur ce qui fut proposé par une des provinces, qu'il était nécessaire d'ajouter quelque chose à un des articles, plusieurs provinces firent la même demande, et on remit à un autre jour à consommer la délibération.
La fermeté de M. l'évêque de Montauban parut assez médiocre en cette rencontre, puisque dès la première résistance de M. le nonce il lâcha le pied et fit des ouvertures de suppression qui ne pouvaient être que très désavantageuses à la cause qu'il soutenait; mais les intrigues continuelles et le crédit de M. de Marca lui faisaient perdre ses mesures et l'avaient réduit peu de jours auparavant à proposer à M. l'abbé de Ciron d'engager M. l'évêque d'Alet à se faire chef d'un tiers parti, pour s'opposer aux Jésuites et à ceux à qui il voulait bien donner le nom de jansénistes, ce qui ne servit qu'à découvrir le fond de son cœur, et à reconnaître que les saints évêques, tel qu'était celui qu'il tâchait d'engager dans ses intérêts, ne sont pas capables de diviser J.-C. par le partage des membres qui composent le corps de son Eglise.
Le mardi 27 du même mois de mars, on reprit encore dans l'Assemblée cette affaire touchant les articles, et M. de