CHAPITRE Vlll
Quelques événements particuliers du mois de mai, el pai'ticulièremeut l'exclusion des Jésuites de la ville de Bayonne.
Il arriva encore pendant le cours du mois de mai quelques autres événements qui n'ont pu être rapportés en leur lieu, quoiqu'ils méritent bien de n'être pas oubliés. Des les premiers jours de ce mois, on lisait avec une avidité incroyable la troisième Disquisition de Paul ïrénée, écrite par M. Nicole pour condamner d'imprudence le Père Annat, sur ce qu'il avait écrit touchant le sens de Jansénius. Les Jésuites et leurs bons amis parurent fort embarrassés dès que cet écrit fut mis en lumière. M. Colombel, curé de Saint-Germain de l'Auxerrois, en conçut une si profonde mélancolie qu'elle alla jusqu'à la consternation. La mélancolie qui l'agitait le porta à défendre à M. de l'un des
ecclésiastiques de sa paroisse, frère de M. Tévêque d'Aulonne, de confesser une dame des plus considérables de sa paroisse. Cela excita un très grand bruit qu'il eut
peine à supporter, parce qu'il avait la tête trop faible pour se soutenir en ces sortes de rencontres, et tout le monde sut dans la suite que son entêtement contre ce qu'on appelait jansénisme lui démonta enfin la cervelle1. L'inquiétude qu'il en eut alors était fondée sur ce que M. de Contes, doyen de Notre-Dame, et M. Porcher, vice gérant, voulurent l'obliger de donner à cet ecclésiastique une déclaration qui portât en termes que ce n'était ni pour sa mauvaise vie ni pour aucune erreur qu'il eût reconnue en lui qu'il le priait de se retirer.
Le 5 du même mois, on mandait de Tours qu'un jésuite, qui était à Nantes peu de jours auparavant, en attendant le vent favorable pour s'embarquer pour Canada, disait que le livre du Père Bagot serait censuré et s'en réjouissait; parce qu'il était persuadé que sa compagnie, qui se perdait par son orgueil, avait besoin d'être humiliée; il ajoutait même qu'il priait Dieu tous les jours de faire pleuvoir des humiliations sur elle. Quelques-uns crurent à Tours, après avoir ouï de sa bouche une parole si libre, que c'était pour cela qu'on le reléguait au pays des infidèles pour y cueillir la palme du martyre.
Les Jésuites virent pendant ce mois de mai qu'il leur avait été plus aisé de se rétablir dans Venise que de s'établir dans Bayonne, quoique depuis plus de cinquante ans, ils n'eussent point cessé de faire de temps en temps tous les efforts nécessaires pour y avoir une maison. Ils en avaient dressé le plan dès l'année 1606,, pendant que le Père Boy, l'un de leurs plus fameux prédicateurs, y avait prêché Pavent et le carême, et il n'avait pas manqué de faire tous ses efforts envers le peuple pour lui faire concevoir que cet établissement dans leur ville était le plus grand bonheur qui pût arriver aux habitants. Mais quoiqu'il n'y eût gagné que le déplaisir de n'être point écouté, il ne perdit pas néanmoins l'espérance d'y trouver plus de disposition une autre fois.
Cette première tentative ne leur ayant pas réussi, ils en firent encore une seconde en 1613, par le moyen du Père Bort1, qui s'y conduisit avec plus d'adresse, ayant pratiqué