‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 325 sur 432 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Publication de la bulle d'Alexaudre VII faite avec scandale à Saint- Sulpice par l'abbé de Bretoavilliers, curé de la même paroisse. Le curé de Libourne revient en sa ville, y est reçu avec pompe et ensuite persécuté de nouveau.

Le dimanche 24 juin, jour et fête de la naissance de saint Jean-Baptiste, M. l'abbé de Bretonvilliers1, curé de Saint- Sulpice, ayant reçu depuis peu le mandement pour la publication de la bulle d'Alexandre VII, dressé le 21 du même mois par le grand-vicaire de M. de Metz, abbé de Saint-Germain-des-Prés, qui exhortait à la douceur et à la charité chrétienne ceux qui la liraient à leurs peuples,

i. Ms. dut être.

2. Alexandre Le Ragois de Bretonvilliers (1621-1676) fut curé de Saiut-Sulpice après Ollier, et en 1657, directeur au grand séminaire, m 30

s'emporta à tous les excès de passion qu'un prêtre est capable de commettre quand un faux zèle lui fait mépriser tous les sentiments d'humanité et toutes les règles de l'Église. Car après le prône de son vicaire, qui avait disposé ses auditeurs dans ses sentiments pour recevoir la bulle avec soumission de jugement et de volonté, invectivant contre des perturbateurs et des hérétiques imaginaires, ce curé monta en chaire avec la bulle entre ses mains, disant qu'il la venait publier, et qu'elle ne contenait autre chose que ce qu'il avait dit en sa prédication le jour de la Trinité, leur ayant promis alors de la publier au plus tôt (sans faire mention qu'il en attendait le mandement) et qu'il ne savait pas pourquoi l'on avait tant différé de la lui envoyer, dont il avait fait des plaintes. 11 la lut ensuite et ayant prononcé ces mots : « Et d'autant que quelques enfants d'iniquité »; il dit : « Oui, Messieurs, ce sont des enfants d'iniquité, des personnes abandonnées, et dont la doctrine est si pernicieuse qu'elle rend ses sectateurs dans la dernière opiniâtreté. Un des plus qualifiés d'entre eux a dit, reconnaissant qu'il était dans Terreur, que puisque son honneur était engagé en ce parti, il ne l'abandonnerait jamais », et criait et répétait plusieurs fois « qu'il le nommerait » pour persuader plus fortement une chose incroyable d'elle-même, qu'un homme veuille témoigner être dans l'erreur avec dessein d'y persévérer. Et quoiqu'il ne le nommât point, les plus éclairés crurent qu'il voulait marquer M. le duc de Liancourt. 11 fit plusieurs semblables gloses pendant la lecture de la bulle; et venant au mandement, il dit, contre la vérité, « que M. de Metz l'avait envoyé » en supprimant le nom d'un grand-vicaire, prieur de l'abbaye. Et tout troublé qu'il était, comme il lisait ces paroles « d'avertir dans la charité chrétienne, etc., de la recevoir en esprit de paix et d'union », il se mit à branler la tête avec grimace disant : « Il n'est plus temps de parier d'union et de paix; il faut traiter ces gens-là avec toute sorte de rigueur. On a tout perdu par le passé en usant en leur endroit de douceur; il les faut considérer comme des opiniâtres, se séparer de leur conversation comme de ceux de Charenton ou plus» »

Il parla en particulier de quelqu'un qu'il ne nomma pas; mais il semblait supposer qu'il était connu de tous, l'appelant hérésiarque, le comparant à Arius et autres

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