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hérésiarques. Il dit qu'il divisait la robe de J.-C, que les soldats qui l'avaient crucifié n'avaient osé diviser, et s'étendit beaucoup là-dessus. Enfin il exhorta tous les assistants de prier et de communier pour eux : « Quoiqu'il n'y eût, disait-il, aucune espérance d'amendement ou dechangement, et qu'ils ne crussent pas que Notre Seigneur fût mort pour eux et qu'il fût leur Rédempteur. » Il promit de continuer ses invectives, ce qu'il ne fit pas néanmoins.
La modération de M. et Mme de Liancourt fut si grande qu'ils ne laissèrent pas de lut présenter leur offrande ce jour là même et de recevoir la sainte communion de sa main, ce qui fut d'une aussi grande édification à toutes les personnes solidement chrétiennes que les emportements de ce curé avaient causé de scandale dans tous les esprits. Mais ce n'était pas le temps d'en poursuivre la réparation, et il n'en fallait attendre la justice que de Dieu seul, dans le jour qu'il la fera à son Fils qu'il a établi juge des vivants et des morts.
Pendant que ce curé persécutait si cruellement la vérité et ses défenseurs, un autre curé mandait de l'extrémité du royaume la suite des persécutions qu'il souffrait depuis quelques années. C'était celui de Libourne, dont nous avons déjà parlé ci-dessus !. M. de Béthune, archevêque de Bordeaux, n'ayant pu souffrir qu'il eût fait imprimer la relation de ce qui lui était arrivé dans sa paroisse, avait continué longtemps à lui refuser justice, et traitait de jansénistes tous ceux qui parlaient de la lui rendre.
Le curé, désespérant de l'obtenir de sa part, alla se jeter aux pieds de la reine-mère, lui exposa son affaire, et supplia Sa Majesté de lui donner le Père Annat même pour juge. La reine le lui ayant accordé, ce jésuite s'en excusa» Enfin après que ce curé eut passé inutilement sept mois entiers à Paris, M. l'archevêque de Bordeaux le renvoya à son bénéfice, pour en faire les fonctions, sans juger ni voir seulement la question dont il s'agissait, et le traitant comme si rien ne s'était passé à son sujet.
Le mardi 22 mai, dernière fête de la Pentecôte de Cette année, il s'embarqua à Blaye dans un petit bateau, sur les sept heures du matin, et comme il fut sur la Dordogne à
t. Voir ci-dessus livre XV, ch. xxvi; tome 111, p.
468 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
deux lieues de Libourne, le sieur Ferrand, l'un des jurats de la même ville, accompagné de quelques autres messieurs, vint au devant de lui dans une chaloupe équipée de banderoles bleues avec des croix blanches, et dès qu'ils l'eurent reconnu, ils firent une salve de fusils, et quelquesuns de ses paroissiens de la campagne jouèrent de leurs fifres, ayant ensuite abordé son bateau avec toutes les marques possibles d'une grande joie pour son retour.
Sur le port de la Grave de Fronsac, les principaux officiers du présidial de Libourne, accompagnés de gentilshommes, d'avocats et des bourgeois les plus honorables, l'abordèrent avec des caresses [extraordinaires, le menèrent dîner dans une maison des principales dames de la charité; et étant partis tous ensemble à six heures du soir, dans trois bateaux, ils trouvèrent tout le quai du rivage de Libourne plein d'une foule de peuple; cinquante mains étaient tendues à la fois pour recevoir le curé autour de la planche, et mille voix confuses firent retentir des bénédictions pour la joie de son retour. Il marcha en cet équipage entre le lieutenant-général et le procureur du roi, droit à l'église, suivi d'une foule extraordinaire de peuple qui fit sonner le carillon, et il eut une peine extrême à y aborder parmi cette foule de tant de monde, dont quelques-uns lui baisaient les mains et les autres se mettaient à genoux pour lui demander pardon des faux témoignages qu'ils avaient rendus contre lui. Après qu'il y eut fait sa prière, les mêmes personnes le conduisirent en son logis, et les visites qu'on lui rendit durèrent jusques bien avant dans la nuit.
Cette grande réjouissance redoubla l'envie et la fureur de ses ennemis, qui le traitaient d'excommunié et avaient publié pendant son absence qu'il ne reviendrait jamais. Le Père Georges, récollet, fit ce qu'il put pour étouffer les bénédictions du peuple, et voyant que cette voie lui réussissait mal, il courut chez ceux qu'il avait fait autrefois révolter contre lui et complota avec eux de le faire mettre en prison en vertu du décret que les commissaires de M. l'archevêque de Bordeaux lui avaient donné Tune des années précédentes; mais le peuple ayant découvert ce dessein, menaça ceux qui entreprendraient de l'offenser de les jeter dans la mer, et le curé, pour empêcher le désordre, se vit