‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 343 sur 432 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

à des extrémités et abîmes dont il ne pourrait se retirer, savoir de désobéissance mortelle, d'excommunication et d'irrégularité en violant l'excommunication.

« Le Père supérieur et moi ne pouvons rien ôter ni ajouter à la bulle, mais seulement déclarer ce qu'elle contient. Enfin, si j'étais maintenant avec vous, je me jetterais aux pieds de ce bon Père, et si je pouvais avec toute la communauté, pour le conjurer de se soumettre à l'Église et à son souverain chef, et souscrire avec les autres à ce petit mot qui n'oblige à rien. Cela est nécessaire pour sa conscience et pour son salut partout où il sera, parce que je ne refuse pas de lui donner un ordre pour ailleurs. Celui qui a dicté cette lettre ne parle pas en fort bon théologien.

« Votre très humble et très obligé en Notre-Seigneur, « François Bourgoing. »

Cette douceur apparente ne laissait pas d'être accompagnée d'une très grande dureté et de le faire agir avec le Père Chaix comme s'il devait être la première victime de la politique de son général et des intérêts de sa congrégation.

Ce qui pouvait encore affermir le Père Bourgoing dans cette résolution, était la correspondance avec Rome d'où on écrivait l'établissement d'une nouvelle congrégation. Car...., prêtre de l'Oratoire, en écrivait ainsi de là à M. Taignier du 2 juiliel :

« On nous dit que cette nouvelle congrégation établie contre les jansénistes s'est déjà tenue quelquefois. Elle n'a pas été ordonnée tant pour aucune chose qui soit déjà arrivée que pour l'avenir, pour prévenir tous les efforts que pourrait faire cette hérésie naissante, et pour maintenir par toutessortes de voies ce qui aété décrété contre elle, ni plus ni moins, que pour tenir la main à l'observation de ce qui fut fait dans le concile de Trente, il aété constitué une congrégation qu'on nomme : congregatio concitii Tridenlini. De même, il a été jugé à propos, pour maintenir la foi contre les jansénistes, de mettre une congrégation de huit cardinaux et de huit consulteurs dont le soin et le zèle pourvoiront à la conservation de la pureté de la foi dans les occurrences et attaques qui viendront de ce côté là. 0 mon Dieu ! trepidaverunt timoré ubi non erat timor; ceux que l'on appelle

jansénistes sont très fidèles et assujettis au Saint Siège, et le Saint Siège s'en défie. 11 n'y a point de peine pareille à un fils bien né que de connaître que son père se défie de lui. Le roi de France ne laisse pas d'être nommé et d'être en effet très chrétien et par conséquent très fidèle au Saint Siège, encore qu'il ne reconnaisse et ne reçoive pas tout ce que le pape veut qu'il reçoive et reconnaisse avec tant de menaces d'anathèmes et d'excommunications parce qu'il prétend que ses droits y sont intéressés, et que le pape lui commande ce qu'il ne peut lui commander. Les disciples de Saint-Augustin me semblent avoir quelque difficulté pareille avec le pape, qu'ils honorent et aiment néanmoins comme leur père. Monsignor yizani, qui est assesseur du Saint Office et qui a succédé en cette charge au cardinal Albizzi, est secrétaire de cette nouvelle congrégation, à ce qu'il a dit lui-même à un de mes amis et ami des disciples de Saint-Augustin, lequel a connaissance de longue main avec... Vizani, et lui communiquait les écrits de ces Messieurs. Mais depuis ces nouvelles charges, il entre à l'aveugle dans les intérêts de ceux de qui il est créature, c'est-à-dire du pape ; et ne prêche rien tant si ce n'est qu'il faut obéir. J'ai ouï dire que le sentiment du cardinal Bagni sur ces affaires des disciples de Saint Augustin et universellement sur les bulles que Rome envoie en France, était que le pape ne doit point y faire rien présenter que ce dont il sera bien certain qu'on recevra, et qu'il tend fort à la modération dans toutes ces affaires- ci. »

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