‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 365 sur 432 · CHAPITRE XX1IÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX1IÏ

Maladie de M. de Marca. Publication dun écrit latin intitulé : Belga percontator. Recueil des Lettres Proviuciales sous le nom de Louis de Montalte. Eloge de M. Pascal. Emprisonnement d'un libraire nommé Vendôme pour avoir débité quelques-unes de ces lettres,

La maladie de M. de Marca, archevêque de Toulouse, dont il est parlé dans la lettre du sieur Vitré à M. d'Andilly, avait été fort considérable, et d'autant plus dangereuse en une personne de son âge que la tristesse et le chagrin en avaient été la cause. On sait ce que les grandes passions font sur les âmes et sur les corps de ceux qui n'agissent que par les principes d'une cupidité violente et dominante. Ceux qui ont pour règle leur établissement dans le monde, comme M. de Marca, et qui sont persuadés de leur mérite, ne vendent pas leur conscience et leur honneur pour peu de chose. Ils voudraient parvenir tout d'un coup à celles où on n'arrive ordinairement que par degrés, et leur ambition ne s'accorde guère avec les retardements. La part que ce prélat avait eue à la distribution des prix sur la fin de l'Assemblée ne répondait point à son espérance. Il ne pouvait s'empêcher de se plaindre de ce qu'on ne lui avaitpas tenu la moindre des promesses qu'on lui avait faites, et il publiait partout que pour avoir servi avec trop d'affection il était réduit à souffrir les derniers maux qui peuvent accabler la patience d'un homme d'honneur, sans qu'on lui eût témoigné autre chose que de la compassion ; ce qui est un faible rafraîchissement pour la soif ardente d'un homme dont l'ambition n'a pas de bornes. Mais il croyait qu'il ne lui était point inutile de publier cette cause de son mécontentement, il en avait d'autres plus secrètes qui lui rongeaient le cœur et ne lui permettaient pas de s'en expliquer, qu'avec ses plus intimes amis. C'étaient les dernières pièces que l'on venait de mettre au jour contre lui, savoir la réponse à son écrit contre M. le cardinal de Retz et un autre ouvrage latin imprimé à Utrecht. Le premier de ces deux écrits, pour lequel il ne pouvait lui-même s'empêcherde témoigner de l'estime, avait fait quelque impression sur ceux de la cour qui avaient la principale part aux affaires, et comme ils se voyaient obligés dans les autres occasions

de rendre compte de leur conduite à ceux qui pouvaient leur reprocher la retenue du temporel d'un cardinal et d'un archevêque de Paris, ils lui demandaient d'autres raisons pour justifier leur procédé que celles qui venaient si fortement d'être ruinées.

Il voyait de plus que l'emprisonnement des libraires n'était pas capable d'étouffer la vérité ; que l'on faisait aux Pays-Bas ce qu'on n'avait pas toute la liberté de faire en Flandre, et que ses intrigues dans les assemblées du clergé de France n'avaient pu empêcher l'impression d'un écrit latin qui révélait tout ce mystère d'iniquité. Il portait pour titre : Belga percontator, sive Francisci Profuturi theologi Belgœ super narralione rerum gestarum in conventu Cleri Gallicani circa Innocenta X Constitutionem scrupuli, istius narrationis opifici propositi. XXV Februarii^anno 1657. Sylva ducis apud Abrakamum Evingardum. Cet ouvrage, qui avait paru depuis peu en France, lui donnait un juste sujet de crainte pour l'avenir aussi bien que pour le présent. Les scrupules qui y étaient proposés lui causaient de cruels remords, et si sa politique l'en défendait au dehors, sa conscience entretenait malgré lui une intelligence secrète avec un auteur si importun. M. Nicole, qui avait pris le nom de Profuturus, lui faisait voir d'une manière fort fine et fort délicate qu'il était peu vraisemblable que les propositions se trouvassent dans Jansénius; que quand lai, M. de Marca, avait entrepris de montrer que du moins le sens y était, il s'y était pris d'une manière peu raisonnable; qu'il n'avait point acquis une grande créance dans l'esprit de ses lecteurs en parlant trente fois du sens de Jansénius sans l'expliquer une seule ; qu'il paraissait en cela avoir affecté une trop grande domination sur la foi des chrétiens; que la relation de l'assemblée des évêques tenue en 1656 n'était pas faite d'un air capable de faire qu'on y ajoutât quelque créance; que l'assemblée du Louvre n'avait pas été rapportée d'une manière fort plausible ; que le bref du pape n'était pas une bonne preuve pour l'établir; enfin que s'agissant d'établir avec tant d'éclat une question de fait, l'auteur de cette relation n'était pas heureux dans ses preuves, où l'on pouvait remarquer jusqu'à huit erreurs de fait.

Toutes ses pensées se révoltaient contre le secours qui pouvait lui venir du côté de la médecine; elles l'occupaient

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c jour, elles troublaient son repos pendant la nuit et elles déchiraient continuellement ses entrailles dans le temps même qu'on lui procurait du rafraîchissement contre l'ardeur de la fièvre. Mais son unique consolation était la liaison avec les Jésuites, qui le flattaient de l'espérancede laprompte destruction d'une secte imaginaire, et c'est ce qui l'obligeait à négliger sa santé et sa vie même pour leur service, et à faire venir chez lui, au milieu de ses accès, des prélats et des ecclésiastiques du second ordre, unis avec lui par le même zèle, pour les garantir de la flétrissure dont la lettre circulaire de l'un des présidents de la dernière assemblée avait entrepris de les marquer.

Cependant ses consolateurseurent eux-mêmes en ce temps là un très grand sujet de douleur quand ils virent recueillir dans un même corps toutes les Petites lettres qui avaient porté le coup mortel, chacune en particulier, à leur réputation et à leur mauvaise doctrine. Ce livre était intitulé : Les Provinciales, ou lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux Révérends Pères Jésuites, sur le sujet de la morale de ces Pères. A Cologne, chez Pierre de la V allée, 1 651.

On y avait ajouté quelques autres pièces, savoir : Avis de Messieurs les curés de Paris à Messieurs les curés des autres diocèses de France sur le sujet des mauvaises maximes de quelques nouveaux casuistes.

La copie de la requête présentée par Messieurs les curés de Rouen à Msr leur archevêque.

Une table des propositions contenues dans l'extrait de quelques-unes des plus dangereuses propositions de la morale de plusieurs nouveaux casuistes, fidèlement tirées de leurs ouvrages.

Une lettre d'un curé de Rouen à un curé de la campagne sur le procédé des curés de la dite ville contre la doctrine de quelques casuistes, pour servir de réfutation à un libelle intitulé : Réponse à un théologien, etc.

Une requête des curés de Rouen présentée à M. V officiai le 26 octobre 1656.

La remontrance de Messieurs les curés de Paris à Nos Seigneurs de l'Assemblée générale du clergé en leur présentant V extrait de plusieurs mauvaises propositions des nouveaux casuistes.

Les principes et suites de la probabilité expliqués par Caramuet, Vun des plus célèbres entre les casuistes nouveaux, dans un livre imprimé en 165.2, intitulé : Theologia fundamentalis.

Une table des propositions contenues dans la suite de l'Extrait de plusieurs mauvaises propositions des nouveaux casuistes, recueillies par Messieurs les curés de Paris et présentées à Nos Seigneurs de V Assemblée générale du clergé de France, le 24 Novembre i 656.

Un extrait de plusieurs dangereuses propositions tirées des nouveaux casuistes, particulièrement du premier tome in-folio de la nouvelle théologie morale d'Escobar, jésuite, imprimée depuis peu à Lyon et dédiée au général des Jésuites.

Enfin une Lettre écrite par Messire Jacques Boonen, archevêque de Matines, ci Messeigneurs les cardinaux de ïlnquisilion de Rome, auxquels les Jésuites avaient appelé de ses ordonnances, fidèlement traduite en français.

L'avertissement qui était à la tête de tout ce recueil contenait l'explication des sujets qui sont traités dans chacune de ces lettres, et l'occasion qui avait engagé Messieurs les curés de Rouen de se joindre sur ce sujet à ceux de Paris, et on y avait ajouté un Rondeau aux Révérends Pères Jésuites sur leur morale accommodante :

Retirez-vous, péchés. L'adresse sans seconde De la troupe fameuse en Escobars féconde Nous laisse vos douceurs sans leur mortel venin. On les goûte sans crime, et ce nouveau chemin Mène sans peine au ciel dans une paix profonde : L'enfer y perd ses droits ; et si le diable en gronde, On n'aura qu'à lui dire : Allez, esprit immonde, De par Bauny, Sanchez, Castro, Gans, Tambourin, Retirez-vous.

Mais ô Pères llattcurs ! sot qui sur vou^ se fonde. Car l'auteur inconnu qui par lettres vous fronde De votre politique a reconnu le fin; Vos probabilités sont proches de leur fin ; On en est revenu, cherchez un autre monde; Retirez-vous.

L'auteur de ces Lettres Provinciales s'était étudié sur toutes choses à demeurer inconnu, et quand sa modestie ne

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