CHAPITRE IX
Livres de M. Arnauld mis à la congrégation de l'Index à Rome. Publication de la neuvième Lettre proviuciale.
Pendant que le chapitre de Beauvais faisait un usage si étrange du bref du défunt pape Innocent X sur le sujet du livre de Jansénius, Rome n'était pas plus équitable à M. Arnauld et à la cause qu'il défendait. Car dans le temps que l'on publiait de tous côtés que son affaire changeait de face, que sa doctrine commençait à être reconnue au delà des monts pour ce qu'elle était en elle-même, c'est-àdire saine, orthodoxe, irréprochable ; que M. le cardinal Barberin se déclarait en sa faveur ; que le pape même paraissait se détromper des mauvaises impressions que les Jésuites lui avaient données jusqu'alors parleurs calomnies, on vit paraître tout d'un coup, le 25me jour d'août de cette année, l'affiche d'un décret de l'Indice du 21 l du même mois, par lequel tous les écrits de ce docteur publiés depuis la censure de Sorbonne étaient condamnés.
On mandait de Rome que le pape en avait usé de la sorte à cause des bruits qui commençaient à se répandre de toutes parts, qu'au lieu d'approuver la censure de la Faculté contre ce savant théologien, comme il en était sollicité par ses ennemis, il se déclarait en sa faveur; et que c'était ce qui l'avait obligé de faire mettre ses derniers livres dans l'Indice sans les avoir fait examiner, afin de ne lui donner pas le sujet de tirer quelque avantage de son silence, et de le faire passer pour une approbation positive de ses sentiments. Car dans le fond, la peste dont Rome était affligée en ce temps-là ne donnait pas le loisir de s'assembler pour examiner des livres, et afin d'en joindre quelques-uns à ceux de M. Arnauld, de peur que l'affectatation de censurer uniquement ses ouvrages ne parût trop grande, on y joignit quelques autres de différents auteurs qui avaient été déjà censurés deux ans auparavant.
Les Jésuites en eurent une extrême joie lorsque la nou-