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124 MÉMOIRES DE GODEFROT IÎERMANT
velle en vint à Paris, mais ils avaient besoin de cette consolation pour adoucir l'amertume que leur causait la publication des Lettres Provinciales. Car quoique la difficulté d'imprimer fût très grande, à cause de leur crédit et de leurs intrigues, et des menaces dont ils usaient continuellement pour intimider les libraires et les imprimeurs, néanmoins on ne laissait pas de voir coup sur coup.de nouvelles Lettres qui les accablaient, et qui étaient reçues dans le monde avec une avidité incroyable et suivies d'une approbation publique.
La neuvième parut le 9 juillet, et elle était sur le sujet des dévotions aisées1.
Cette lettre fut la seule que l'on publia dans tout le mois de juillet ; mais elle fit une si forte et si profonde impression dans les esprits que les Jésuites ne purent s'empêcher d'en produire leur ressentiment en public par la bouche du prédicateur de leur maison professe. Car dans le sermon qu'il y fit le jour de l'Assomption de la sainte Vierge, il évapora toute sa bile contre les disciples de saint Augustin, en les accusant de ne vouloir pas souffrir ceux qui disent qu'il faut s'adresser à la sainte Vierge pour avoir un accès plus facile auprès de son Fils, et qui donnent quelques moyens aisés pour se présenter à elle. Il les appela impies, libertins, et les accusa de faire de la religion et des choses saintes la matière de leurs railleries, comme s'ils condamnaient toute dévotion à la Vierge, au lieu qu'ils tâchent d'en ôter les abus, ainsi qu'avait fait le sieur Louis de Montalte dans cette neuvième Lettre. Leurs amis mêmes ne purent souffrir la saillie de ce déclamateur, faite si à contre-temps par la citation d'un passage de saint Denis qu'il faisait servir mal à propos à ses impostures. Ainsi cet excès ne leur réussit pas mieux que celui qu'ils avaient commis dans cette même chapelle le jour de la Transfiguration; leurs amis mêmes ayant dit que ces discours vagues et ces accusations générales d'hérésie ne remédiaient point au tort qu'ils s'étaient fait à eux-mêmes par la corruption de leur morale, et qu'il fallait répondre nettement et précisément sur chaque point qu'on leur objectait.
1. Suit au ras. (p. 797-811) l'iuévitable transcription au style indirect.