INTRODUCTION
Les Mémoires du chanoine Hermant, docteur de Sorbonne, et ancien recteur de l'Université de Paris, sont connus depuis longtemps de ceux qui étudient d'après les sources les mémorables querelles du Jansénisme. Plusieurs écrivains ecclésiastiques du xviir3 siècle, notamment l'oratorien Batterel, le bibliophile Adrien Le Paige, possesseur d'une incomparable collection de documents sur l'histoire religieuse de la France, et après eux le savant Larrière, auteur d'une édition d'Arnauld en 43 vol. in-4°, en ont fait grand usage. Sainte-Beuve les a mis à profit pour composer son Port- Royal \ d'autres enfin les ont utilisés pour une foule de travaux divers, et l'on a pu se convaincre qu'il y a là des indications précieuses qui ne se rencontrent pas ailleurs. Mais ce qui donne aux Mémoires d'Hermant une importance toute particulière, ce qui rend même leur publication nécessaire, c'est l'existence des Mémoires du jésuite Rapin, imprimés depuis quarante ans, ainsi que son Histoire du jansénisme, par MM. Aubineau et Domenech. Faute de mieux, les historiens ont recours à ces récits toujours passionnés, trop souvent mensongers et calomnieux; Sainte-Beuve lui-même, qui les a jugés avec la plus extrême sévérité, jusqu'à parler de « baves infâmes » et à placer leur auteur bien au-dessous de Tallemant des Réaux, n'a pu se dispenser de consulter Rapin et de le citer à l'occasion. Parfois aussi cet admirable critique, cet historien à la méthode si sûre, est allé chercher dans Hermant la réfutation péremptoire des mensonges et des calomnies de Rapin1. C'est qu'en effet les Mémoires du grave chanoine, si différents des élucubrations fantaisistes du sémillant jésuite, ont été composés à la même époque, et sans doute dans le même hôtel Lamoignon, où résidait habituellement
1. V. notamment Port-Royal, éd. in-12, tome IT, p. 5.^2-.*;70 ; Saiute- Beuve, citant un chapitre entier d'Hermant, y exécute de main dp maître le jésuite Hapin et son annotateur» « un jésuite aussi. »