VI INTRODUCTION
Rapin. Comme tous les grands personnages du xvne Biècle, comme Condé lui-même, le président de Lamoignon s'était vu contraint de donner des gages à la toute-puissante compagnie de Jésus en choisissant parmi ses membres le précepteur de son fils; et c'est de cette façon que le perfide Ilapin a pu s'embusquer dans un coin de l'hôtel de Lamoignon. Mais à côté des « domestiques », comme on disait alors, il y avait les familiers et les amis : Guillaume de Lamoignon avait des égards pour Rapin, mais il ne lui accordait pas sa confiance; il la réservait pour d'autres, pour le P. Bourdaloue qui la méritait par sa loyauté, pour l'abbé Bossuet, pour quelques autres encore ; et parmi ses amis les plus chers se trouvait précisément Godefroi Hermant. Lamoignon crut devoir lui dire un jour que Rapin écrivait à sa manière l'histoire des contestations présentes, et c'est lui sans doute qui le détermina à préparer en silence un antidote des Mémoires de Rapin. Les Mémoires d'Hermant sur l'histoire ecclésiastique du xvne siècle sont en effet la contrepartie exacte de ceux de Rapin, et tout historien de bonne foi qui consulte la publication de MM. Aubineau et Domenech a le devoir de consulter aussi, pour se faire une opinion, les parties correspondantes delà volumineuse Histoire ecclésiastique du docteur Hermant.
Moins célèbre que Rapin, — car il n'aspirait point au titre de bel esprit et de poète latin, il ne correspondait pas avec Bussy-Rabutin, et il ne composait pas à l'usage des mondains des ouvrages de piété plus ou moins semblables à la Dévotion aisée du P. Le Moine, — Godefroi Hermant est néanmoins un des très bons auteurs ecclésiastiques de ce xvue siècle qui en compte un si grand nombre. Les contemporains l'appelaient « le célèbre M. Hermant », et telle était sa notoriété que l'érudit Baillet, biographe de Descartes, a cru devoir composer une Vie d'Hermant qui n'est pas dépourvue d'intérêt1, et qui est fort bien faite. Voici,
1. Il parut d'abord, en 1717, un Abrégé de la vie de M. Hermant, 38 p. in-12, publié d'après un ms. de Baillet par l'auteur d'un ouvrage intitulé : Idée de la vie et de l'esprit de messire Cfioart de Buzanval, évêque et comte de Beauvais. Paris, 1717, 327 p. in-12. La même année on publia, d'après le ms. authentique de Baillet cette fois, la Vie de Godefroi Hermant... Amsterdam, 1717, 160 p. in-12. Cette dernière seule peut être consultée avec profit.