‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 102 sur 524 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

quelle était l'aversion d'an homme qui manquait d'aller à l'église le jour de Pâques.

M. Lescot lui dit d'une voix fort basse, en parlant de son élargissement, qu'il n'y avait point nui, voulant lui faire entendre qu'il l'avait servi auprès de M. le cardinal de Richelieu, à quoi M. de Saint-Cyran ne répondit que par un signe de tête qui passait pour un remerciement.

M. de Saint-Cyran lui parla de sa nouvelle abbaye, qu'il avait lue dans la Gazette, et lui demanda si auparavant on ne lui en avait pas donné encore une autre. M. Lescot lui dit que oui, mais que les bulles n'en étaient pas encore expédiées.

Après cela M. Lescot affecta de lui parler de Gabriel Sionite1 que Ton avait arrêté en ce temps-là*. Quoique M. de Saint-Cyran détournât le discours ailleurs, il y revint et lui raconta comme on avait découvert que tout ce qu'on avait dit contre lui était faux, alléguant M. de Noyers, en lui déduisant tout le détail de l'affaire de cet étranger; mais il voyait bien que M. de Saint-Cyran n'écoutait guère tout cela, se contentant de lui dire que, voyant comme on avait parlé de lui, et comme il avait été mis en prison, il ne trouvait nullement étrange que quelqu'autre que ce pût être y entrât. M. Lescot lui ayant demandé s'il l'avait vu, il lui dit que non, et qu'il lui était seulement venu dire adieu, qu'il était vrai qu'il le connaissait de longue main, pour l'avoir aidé à faire approuver par l'Université de Louvain la prière du Trisagion en l'honneur de la Sainte Vierge, et qu'il l'avait vu quelquefois dans le bois de Vincennes lorsqu'il s'y promenait.

M. de Saint-Cyran prit occasion de dire à ce propos que jamais homme n'avait été tenu plus étroitement que lui, n'ayant conversé avec personne depuis un an, et que quand il eût été le plus criminel du monde, on ne le pouvait traiter autrement, qu'il ne fallait qu'être prisonnier

1. Gabriel Sionite ou de Sion (1577-1648), savant orientaliste syrien. Il s'était chargé de recueillir les textes hébreux et syriaques pour la Bible polyglotte de Savary, puis pour celle de Le Jay. Le Jay, ne pouvant obtenir ses textes, fit arrêter Gabriel qui resta trois mois à Vincennes. C'est à cette arrestation qu'il est fait ici allusion.

2. « Il faut s'instruire de cette histoire et l'éclaircir. » — Note intime non destinée à l'impression.

comme il l'avait été pour devenir savant en toutes choses, qu'il conaissait les vérités et les hommes plus que jamais.

M. Lescotlui dit qu'il était venu ce jour-là parce que son Éminence s'en allait le lendemain, et que s'il lui avait donné cet écrit dès Tannée précédente, c'en eût été fait. A quoi M. de Saint-Cyran répondit que s'il Peut demandé plus tôt, il le lui aurait donné, comme il le lui donnait alors, et lui fît entendre qu'il trouvait étrange que depuis son interrogatoire, on l'eût laissé un an sans lui dire mot.

Dans la suite de l'entretien, M. de Saint-Cyran lui déclara qu'il ne haïssait nullement les jésuites, mais que le livre du P. Bauny, dont il avait supprimé le nom dans son interrogatoire, l'avait offensé. Sur quoi M. Lescotdit, un peu bas, qu'il y avait aussi quelque chose à redire. Parlant de M. de de Langres, il assura M. Lescot qu'il n'avait jamais eu la moindre pensée contre cet évêque, et qu'il lui avait dit luimême autrefois : « On dit que vous êtes sévère, cela n'est point; mais vous aimez la vérité. »

Voilà ce qui se passa dans cet entretien, dont la suite semblait faire luire quelque rayon d'espérance pour la liberté de M. de Saint-Cyran; mais il n'en fut rien davantage, et ces belles apparences ne furent suivies d'aucun effet.

Quelque temps après que M. Lescot fut parti, M. du Moulinet, lieutenant du bois de Vincennes, vint à la chambre de M. Saint-Cyran, où il n'entrait jamais que pour le sonder, et lui dit que M. Lescot, qui avait été chez lui un quart d'heure avant que de monter à sa chambre, lui avait dit qu'il était venu pour lui faire signer un papier, et qu'il ne tiendrait qu'à lui qu'il ne sortît. M. de Saint-Cyran crut être obligé de l'empêcher d'aller publier dans Paris qu'il avait fait une rétractation, et pour cet effet il lui demanda : si ayant été mis à la Bastille pour de faux crimes contre le roi et son État, et étant interrogé un an après, et trouvé innocent, on venait lui proposer, après une seconde année, que pour sortir de prison il déclarât par écrit qu'il avait toujours été, et voulait être à l'avenir fidèle au roi, s'il ne le ferait pas; et sur ce que M. du Moulinet lai avoua qu'il le ferait volontiers, cet abbé lui dit que c'était ce qu'il avait fait.

Il finit cette relation en lui témoignant la peine que M. Lescot lui avait faite quand il lui avait demandé à deux

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