‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 118 sur 524 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

P. Gibieuf, publié en 1630, et dédié à Sa Sainteté même. Que ces raisons montrent visiblement qu'elle a été surprise quand elle a pris l'impression du livre de Jansénius pour un acte de contravention aux ordonnances du Saint-Siège, et qu'elle l'a encore été davantage quand on lui a fait concevoir que ce même livre a excité du scandale, puisque le contraire paraît par les louanges, les éloges, les applaudissements et bénédictions que lui ont donnés les plus célèbres théologiens du Pays-Bas qui sont joints à cette requête. Qu'au contraire la suppression de ce livre causerait nécessairement du scandale par plusieurs raisons, dont la première est que l'on croirait que la doctrine de saint Augustin y aurait été condamnée, ce que l'on se persuaderait d'autant plus, que depuis la publication de ces deux bulles on a publié d'autres traités sur cette matière, qui étant contraires aux sentiments de ce saint docteur, n'ont été marqués d'aucune censure. La deuxième, que cette suppression fournirait de prétexte aux hérétiques, pour renouveler les reproches qu'ils font à l'Église romaine, d'estimer davantage les nouveautés que la doctrine des saints Pères. La troisième, que non seulement les hérétiques, mais les catholiques mêmes trouveraient étrange que le pape veuille empêcher l'éclaircissement d'une doctrine qui a été en vénération à tous ses prédécesseurs. La quatrième, qu'un très grand nombre de bons religieux qui [y] ont rencontré les principes de l'arnour de Dieu, et goûté les fruits d'une parfaite soumission à la Providence divine, comme il paraît parleurs attestations, ne pourraient être obligés de les abandonner sans un extrême déplaisir et sans une dangereuse contrainte. La cinquième, qu'il y aurait sujet de s'étonner que Sa Sainteté eût préféré la satisfaction des jésuites au bien de toute l'Église. La sixième, que ce serait autoriser les mauvaises impressions qu'ils ont voulu donner de ce livre, tant en public par leurs thèses, qu'en particulier par les discours qu'ils ont tenus à leurs dévotes en le décriant comme hérétique, ce qui serait injurieux à l'Université de Louvain, à tout l'ordre épiscopal, et au choix de Sa Majesté catholique et de ses principaux ministres qui l'ont élevé à

\. Guillaume Gibieuf, l'un des premiers membres de l'Oratoire* mort eu 1080.

cette haute dignité. Qu'il est certain que le pape peut être surpris, et que le Saint-Siège est toujours prêt de révoquer ce que l'on a obtenu de lui par surprise. Que ces considérations montrent qu'il est à propos de surseoir à l'exécution de cette bulle sans que les jésuites s'en puissent plaindre raisonnablement, puisqu'on peut produire deux exemples où eux-mêmes en ont usé de la sorte, dont l'un est du temps de Clément VIII', où ils empêchèrent tellement l'exécution d'une défense que ce pape leur avait faite sur les plaintes de l'Université de Louvain, d'enseigner publiquement la philosophie, que pour se faire obéir, il fut réduit à obliger leur général de les contraindre par la force et l'autorité du vœu de religion. Et l'autre, qui est de fraîche mémoire, consiste en la négociation qu'ils ont faite dans le conseil du Brabant, pour rendre inutile, comme ils ont fait, la censure de la congrégation de l'Indice, contre Jean-Baptiste Poza*, jésuite. Il conclut en demandant la suppression de l'exécution de la bulle jusqu'à ce que le Saint-Siège en puisse être particulièrement informé, et qu'à cet effet, le livre de Jansénius soit examiné et -confronté avec saint Augustin par un nombre considérable de théologiens du Pays-Bas, nommés par le roi, dont les avis seront envoyés ensuite au Saint- Siège.

A la fin de cette requête, il fait une liste des auteurs qui ont écrit de la grâce depuis le décret de Paul V3 et Urbain VIII, et il y met Mariana4, Lessius, Cornélius a Lapider Tyrinus, Tannerius6, Mirât deArriba, Coninck7, Franciscus

1. Clément VIII (Hippolyte Aldobraudini), élu pape en 1591, mourut en 1605.

2. Jean-Baptiste Poza, théologien espagnol, publia en 1648 un livre intitulé : Elucidatoriam Marias qui fut condamné.

3. Paul V (Camille Borghèse), élu pape en 1605, mort en 1621.

4. Jean de Mariana (1537 1624), jésuite espagnol, professa la théologie à Rome, en Sicile et à Paris. On connaît ses principes sur le régicide. Un ouvrage de lui. très sévère pour sa compagnie, fut imprimé après sa mort, en 1625, par François Soza, général des franciscains.

5. Cornélius a Lapide, en hollandais Van den Steen, et en français Corneille de la Pierre (1566-1637), théologien et orientaliste belge, entra chez les jésuites, professa l'hébreu à Louvain. Il a laissé des Commentaires sur tous les livres de la Bible.

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