‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 121 sur 524 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

timents par les paroles du prince des Apôtres, qui a dit, en parlant aux Juifs de celui qu'ils avaient crucifié, qu'il n'y a point sous le ciel d'autre nom que le sien par lequel nous puissions être sauvés. Il ne craignit pas de prendre pour fondement de son opinion les objections que Julien le Pélagien avait faites autrefois à saint Augustin en faveur des anciens Romains, et n'eut point d'égard aux réponses si solides que ce saint docteur y a faites. Il parut ou ne les avoir jamais lues, ou les vouloir dissimuler par indifférence ou par mépris, puisqu'il n'en dit pas un mot dans tout son livre qui est d'une assez grande étendue. Sous prétexte que quelques justes, avant Moïse, ont été sauvés sous la loi écrite, il crut devoir étendre cette grâce sur tous ceux qui ont fait quelques actions éclatantes, soit parmi les Grecs, soit parmi les Romains, et ne considéra pas ce grand principe, établi par le même saint Augustin, et avant lui par saint Grégoire de Nazianze, que personne n'a jamais été sauvé, depuis la chute du premier homme, que par la foi au médiateur, en quelque état qu'ils aient été, et que comme nous sommes maintenant justifiés par la foi que nous avons au médiateur qui est venu, ainsi tous ceux des anciens justes qui sont sauvés ne l'ont été que par la foi qu'ils ont eue au médiateur qui viendrait, et lui ont appartenu par une sainte anticipation de ses grâces.

Il ne se contenta pas même d'établir ces maximes générales, mais il voulut en particulier justifier tous les illustres païens, depuis Socrate. jusqu'à Julien l'Apostat, et accusa de témérité ceux qui soutenaient le contraire, comme si la reconnaissance que tout chrétien est obligé, par son baptême, de rendre à la grâce de J.-C. était une témérité. « Comme je pense, dit-il, qu'on ne saurait sans témérité assurer que Dieu ait fait la grâce à Socrate de le recevoir dans son paradis ; je crois que la témérité est encore plus grande de le condamner aux peines éternelles de l'enfer, vu la bonne opinion qu'ont eue de lui tant de saints Pères et tant de profonds théologiens. » Il lui était impossible d'en marquer aucun qui ait enseigné qu'on se puisse sauver sans la loi et hors de L'Église, ni qui ait reconnu Socrate, comme un des membres «lu corps de l'Église dans le temps même qu'il était du nombre des idolâtres.

Ce même auteur voyant le bruit qu'avail fail son livre,

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ne fit nulle difficulté de se rendre hautement le panégyriste de la vanité et de l'amour-propre : « Il n'y a point d'apparence, dit-il, de condamner indifféremment en qui que ce soit, toute sorte d'amour-propre, » c'csUà-d.re que selon lui saint Paul n'a pas dit vrai, quand .1 a dit que la cupidité est la racine de tous les maux. « Il n est pas vrai non plus, continue-t-il, qu'à parler absolument ce soit un vice comme vous le voulez faire passer, d'aspirer a la gloire. Il y a une ambition honnête et un juste désir d honneur nue le christianisme ne blâme point non plus que le gentilisme Autrement saint Thomas aurait eu tort de dire qu on doit élever un jeune prince dans le désir de la gloire pour lui donner le goût des vertus. » Il ue savait peut-être pas que le livre Bu gouvernement des princes n'est pas de lui, mais de Gilles Romain' de la maison des Colonnes, et que cette gloire dont on doit inspirer l'amour au prince est de faire régner J.-C. dans ses Etats, et d'être le défenseur

de son Église. .

Il croyait néanmoins en être quitte en disant a ceux qui avaient été justement choqués de ses maximes : « Que e plus austère de l'opinion contraire mette la main a la conscience, et me dise fidèlement s'il est entièrement exempt de ce désir d'être estimé que je soutiens n être pas illicite. » On lui aurait répondu, si on était entre en discussion avec lui sur ce sujet, que les plus justes ne croient pas en être exempts, puisqu'ils en gémissent sans cesse ; qu'ils craignent comme Job toutes leurs œuvres, de peur de faire par un motif de vanité et d'une cupidité secrète, ce qu'ils savent être obligés défaire pour la seule gloire de Dieu, et par un motif d'amour et de charité. Cette confiance même qu'il avait de soutenir un principe si ruineux était une témérité prodigieuse, et cela seul méritait d attirer sur son livre une vigoureuse censure, sans parler d une infinité d'autres erreurs et de faussetés dont il est rempli.

Mais outre la conjoncture du temps, qui lui était tout a fait favorable, il avait trouvé le moyeu de se mettre hors de toute atteinte de censure. M. le cardina de Richelieu, a qui il attribuait des vertus chrétiennes et plus qu héroïques

1. Gilles Romain, général des Augustius, disciple de saint Thomas d'Aquiu, enseigna dans l'Université de Pans et mourut en 1316.

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