‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 120 sur 524 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

M. de la Mothe Le Vayer fait un livre De fa vertu des païe?is, et le dédie à M. le cardinal de Richelieu.

Il semblait que tout le monde fût déchaîné contre la doctrine de saint Augustin. Ce n'était pas seulement les jésuites qui lui déclaraient la guerre par leurs écrits et par leurs cabales; il se trouvait même des séculiers qui devenaient théologiens pour s'élever contre lui, et qui croyaient qu'il suffisait d'avoir quelque connaissance des belles-lettres pour s'attribuer la liberté de décider souverainement les matières de la religion et de la morale.

M. de la Mothe Le Vayer2, qui depuis a été choisi pour l'éducation d'un grand prince en qualité de précepteur, et qui avait déjà publié un très grand nombre de livres sur des matières assez importantes, sans être soupçonné d'avoir beaucoup de scrupule, composa en ce temps-là un livre qu'il intitula : De la vertu des payens, que des personnes qui aiment véritablement J.-C, et qui l'adorent comme leur unique sauveur, et la seule porte par laquelle on entre au ciel, jugèrent d'une très pernicieuse conséquence. Car au lieu d'en demeurer dans les bornes de saint Augustin, qui reconnaît que les païens ont souvent fait des actions qui sont bonnes, selon leur devoir et leur substance, mais ne peuvent pas néanmoins passer pour de véritables vertus, parce qu'ils ne les ont pas faites pour la seule fin qui doit être le but et le terme de nos actions, savoir la gloire de Dieu; il donna la liberté à son esprit de confondre le mérite de ces idolâtres avec celui des fidèles, et de croire que l'homme, depuis sa chute, trouve assez de force en lui-même pour opérer son salut sans le secours de J.-C, qui est notre unique médiateur. Il crut n'être pas obligé à régler ses sen-

1. On lit à la marge du ms., d'une autre écriture : Délibérer s'il ne faut point retrancher ce chapitre.

2. François de la Mothe Le Vayer (1588-1672), magistrat, puis précepteur du duc d'Orléans et membre de l'Académie française. Son traité De la vertu des payens fut dans la suite réfuté par Arnauld (au tome X de la grande édition de Paris-Lausanne).

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