CHAPITRE XIII
Publication du livre du Père Cellot, jésuite, intitulé : De la Hiérarchie et des Hiérarques, censuré par l'assemblée du clergé. Ce Père donne une rétractation qu'il qualifie Déclaration pour empêcher la censure de la Faculté de théologie.
Les jésuites publièrent cette année un si grand nombre de méchants livres, et s'attirèrent un si grand nombre de censures qu'il est difficile de garder quelque ordre dans cette confusion où ils se jetèrent. C'est ce qui nous a fait réserver jusqu'ici à raconter par le détail L'histoire du P. Cellot, qui commença cette année à vouloir faire figure parmi les théologiens, u'ayant été connu jusqu'à ce temps-
là que par quelques tragédies latines qu'il avait faites pendant qu'il enseignait la rhétorique.
Ce jésuite, parisien de naissance, se mit dans la tête, qu'il savait assez le latin et aurait encore de la hardiesse de reste pour écrire contre Petrus Aurelius, contre M. Hallier, et contre tous ceux qui avaient pris part dans leur querelle de l'Église d'Angleterre sur le sujet de la hiérarchie. Il se persuada que celle qui a été établie par J.-C, et que les saints Pères de l'Église et les théologiens ont reconnue dans leurs écrits, était déjà trop ancienne, et qu'il en fallait proposer une nouvelle, où les jésuites et ceux qu'il lui plairait d'y associer tiendraient la première place, qui jusqu'en nos jours avait été occupée par le pape et par les évêques. La tradition de l'Église n'était nullement ce qui le mettait en peine. Le nouveau plan qu'il avait dressé de la hiérarchie et des hiérarques, qui était le titre de son ouvrage, divisé en neuf livres, et imprimé à Rouen, ne subsistait que dans son imagination, et il ne voulait être disciple que de lui-même. Mais il se persuadait avoir assez d'autorité pour effacer de l'esprit des chrétiens toutes les anciennes idées qui étaient contraires à cette nouvelle découverte qu'il venait de faire dans un pays inconnu, et qu'il serait soutenu dans cette entreprise par autant de troupes confédérées qu'il y avait de compagnies régulières, avec lesquelles il partagerait à l'avenir la prérogative de la dignité et la gloire du triomphe.
La chose ne lui réussit pas tout à fait comme il l'avait projetée. Car dès que l'on vit qu'il établissait trois hiérarchies qui jusqu'alors avaient été inconnues à l'Église, prétendant que la première et la plus haute était celle des grâces gratuites, la seconde, qu'il plaçait dans le milieu était celle de l'ordre, et la plus basse était celle de la juridiction, une si grande extravagance, jointe à une insolence prodigieuse, choquait d'autant plus de monde, que donnant la première place aux religieux, sans en exclure même les femmes, il faisait descendre les évêques et les pasteurs de l'Église jusque dans le dernier rang.
Au lieu que Dieu a fait une subordination des hommes les uns aux autres dans l'établissement de son Église, il commettait des anges pour le gouvernement épiscopal de sa nouvelle hiérarchie, et abusait pour cet effet d'un pas-