LIVRE II
sage de l'Apocalypse où nous lisons qu'une femme se retire dans le désert après son enfantement, pour y être nourrie pendant l'espace de douze cent soixante jours.
Il égalait la loi de Moïse à celle de l'Évangile, en reconnaissant que la grâce n'était pas moins intrinsèque à l'Ancien Testament qu'au Nouveau.
Il s'élevait contre les conciles comme contre des assemblées dangereuses, et prétendait que l'Eglise, c'est-à-dire les particuliers qui la composent, avait beaucoup diminué leur autorité aussi bien que celle des papes, et il attribuait à ces particuliers une infaillibilité passive.
Mais autant qu'il était réservé à reconnaître le pouvoir du pape et des évêques, autant était-il libéral pour en revêtir les religieux, soutenant que les abbés et les supérieurs d'ordres étaient de véritables hiérarques qui avaient droit par eux-mêmes de tenir un rang tout particulier dans les conciles après les évêques, et blâmant M. Hallier d'ignorance et de bévue d'avoir voulu dire que les supérieurs et les généraux, même d'ordres tout entiers, n'y peuvent assister que par privilège. Il ne craignait pas de dire que les fonctions hiérarchiques sont si essentielles aux religieux mendiants que l'on ne peut les leur ôter sans détruire l'essence de leurs religions, et n'ayant, pu même être établis sans privilèges, parce qu'ils sont destinés par leur institut à travailler pour le salut du prochain, il disait que leurs privilèges étant insérés dans le droit canonique devaient être considérés comme un droit, et non comme de simples privilèges, et qu'ils peuvent dire qu'ils tirent leurs privilèges du droit. *
Il prétendait qu'un religieux non approuvé, mais réputé habile par la commune opinion et par une erreur populaire, pouvait absoudre ceux qui s'adressaient à lui de bonne foi, et qu'en ces occasions le pape lui accordait sa juridiction en faveur des fidèles.
Il voulait qu'un religieux s'étant présenté une seule fois à l'évêque pour obtenir la permission de confesser, en était {sic) quitte, et n'était (sic) obligé à rien de plus dans tout le reste de sa vie.
Il disait que toute la vertu et l'efficace de la contemplation et de l'action hiérarchique, c'est-à-dire toutes les foncr il
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lions du ministère épiscopal, dépendaient desgrâcesgraluih's qu'il joignait ;\ la vocation.
Il proposait pourune règle constanle cette maxime pleine d'erreur, que quand il s'agit de décider les difficultés de la foi, il faut consulter les anciens, mais que la doctrine des mœurs d'un homme véritablement chrétien doit être puisée dans les écrits des nouveaux auteurs, qui ont mieux pénétré dans la connaissance de la nature des derniers temps et de nos affections. Cela voulait dire que, selon lui, les casuistes modernes qui ont autorisé le relâchement et justifié tant de crimes sont d'une plus grande autorité dans la morale que les anciens Pères de l'Église.
Il détruisait toutes les promesses et les obligations du baptême, en disant que ces paroles que l'on y prononce : « Je renonce, je veux, jecrois, » n'emportent pas d'obligation, le parrain ne pouvant lier, ni engager par son vœu un enfant qui n'en sait rien; ce qui était ruiner tous les devoirs de la religion chrétienne, et s'élever contre les conciles qui commandent aux pasteurs de représenter souvent aux chrétiens à quoi ils se sont engagés par ces vœux et ces promesses de leur baptême.
Il reconnaissait à la vérité que le clergé est obligé à une grande perfection, mais il prétendait que les moyens d'y satisfaire n'étaient point attachés à l'état des séculiers et que les religieux les communiquaient à l'état hiérarchique.
Rien au monde n'est plus insolent que la peinture qu'il faisait d'un religieux en lui attribuant ce que saint Paul ne dit que de .J .-C. seul, pour le distinguer des autres prêtres. « Un moine, disait-il, qui nous représente au naturel la figure de J.-C, se présente à nos yeux, saint, innocent, sans souillure, séparé des pécheurs et des pénitents en qualité de pharisien de la loi chrétienne, qui n'est pas obligé de présenter tous les jours des sacrifices pour ses péchés, et de prier tous les jours Dieu et les hommes pour lui-même avant que de prier pour les autres. Car il l'a fait une fois en s'offrant lui-même, et en entrant dans la famille de Dieu, pour être du nombre de ses adorateurs et des thérapeutes. »
11 poussait cette conformité entre les religieux et J.-C. jusqu'à dire que toutes leurs actions étant hiérarchiques et faites au nom public de toute l'Église, non seulement leur contemplation, la récitation de leurs heures, et leur sacri-