CHAPITRE XVII
Du second sermon de M. Habert prêché dans l'église de Notre-Dame de Paris, le 3* dimanche de l'A vent de la même année.
Ceux qui étaient de la secrète intelligence du cardinal de Richelieu pour exécuter le projet qu'il avait concerté touchant les affaires de l'Église perdirent par cette mort l'âme et l'esprit de leur intrigue; mais ils ne perdirent point la volonté qu'ils avaient de persécuter des théologiens irréprochables dans la foi et dans les mœurs en les décriant comme les auteurs ou les partisans dune nouvelle hérésie. M. Habert s'était déjà trop avancé pour en demeurer à sa première déclaration; bien loin d'avoir ralenti son zèle amer dans l'espace des quinze jours qui se passèrent entre sa première prédication et la seconde, il ne se servit de cet intervalle que pour allumer davantage sa passion, et il la fit éclater, le troisième dimanche de l'Avent, en entrant dans le détail de ses invectives sanglantes.
Étant donc remonté en chaire, après avoir un peu parlé de la lumière et des ténèbres, il s'emporta à cette violente exclamation : « Nouvelle lumière d'erreurs, éteins-toi, si on te peut appeler nouvelle, puisque tu as été tirée du tombeau de tant de vieilles hérésies condamnées il y a douze cents ans. »
II ne lui plut pas de marquer en particulier ces anciennes hérésies dont il parlait, mais la suite de son discours fit assez voir que sous ce nom il attaquait les vérités orthodoxes de la grâce, expliquées par saint Augustin et embrassées par l'ÉgliseromaineettouslesPèresdel'Kglisedepuisdouzesiècles. 11 dit que comme il y a trois choses qu'on peut considérer dans la foi: vérité, unité, bonté ou saintelé,il avait parlé de la vérité dans le sermon précédent, et qu'il parlerait de l'uni ic dans celui-là; qn'[\ y a cjans ia fQj une unité qi||- ra]|j(l<
et dans le* mœurs une unité de division. Que cette singularité est un vice dans les mœurs et encore plus dans la foi ; qu'elle vienl d'un autre vice, qu'un grand th&logi»* appelle une luxure spirituelle, qui n'est autre qu'un grand
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amour de soi-même ; que c'est pom- cela, qu'eutre les marcjues que saint Paul donne de ces hérétiques, il lesappelle : seipsos amantes, et qu'ailleurs .1 désigne les hérétiques par
ceLzvoles-.Siquis aliter docet, etc. Que si le temps le lui permettait il lui serait facile de leur appliquer toutes les autres marques de l'hérésie tirées de saint Paul, mais qu'il s'arrêtait à la première marque qu'on y trouve, qui est la nouveauté, si on doit appeler nouveauté de vieilles hérésies qu'on a ressuscitées, puisque c'est plutôt singularité.
C'était abuser étrangement de la sainteté de la chaire que s'abandonner avec tant de chaleur et de violence à ces invectives vagues contre des personnes très étroitement attachées à l'Église, qui n'avait prononcé contre elles aucun jugement; et il ne considérait pas que ce reproche de nouveauté, dont il se servait dans le seul dessein de les rendre odieuses à tout le monde, convenait beaucoup mieux aux partisans de Molina, qui se vante d'être le père et l'inventeur de sa doctrine, et qui en parle comme d'une chose nouvelle, inconnue à toute l'antiquité. Il eût mieux fait de se souvenir, comme on lui a remontré depuis, que les confrères mêmes de cet auteur l'ont reconnue pour nouvelle, que des ordres entiers l'ont attaquée comme nouvelle, et que des Facultés fort célèbres l'ont censurée comme nouvelle; au lieu que les sentiments de saint Augustin, dont il s'agissait et quMl avait approuvés lui-même avec éloge dans le livre du P. Gibieuf, étaient une doctrine autorisée par toute l'Église depuis plus de douze cents ans. Ainsi il avait sujet de craindre qu'on ne lui appliquât à lui-même les règles qu'il tirait de saint Paul pour faire le discernement des hérétiques, et que tous les efforts de son esprit ne se terminassent qu'à ruiner la réputation des jésuites dont il avait dessein de soutenir les intérêts.
Après cette première boutade, il ajouta ce qui suit: «Cette singularité, dit-il, paraît en ce qu'on fait cabale. On choisit des esprits particuliers à qui on découvre ces mystères secrets qu'on cache aux autres. L'Église n'agit pas de la sorte; on ne choisit point les personnes pour entendre les sermons et les vérités de l'Église. On ne choisit point les personnes pour étudier en théologie. »
Cela se disait en l'air : il était impossible de marquer ni les lieux de cette cabale, ni les personnes qui la composaient,