‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 155 sur 524 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

obstacles à ses sollicitations que l'autorité du premier ministre et son aversion contre cet abbé lui avaient fait éprouver. On conçoit assez néanmoins que M. de Noyers, qui partageait avec lui le ministère, étant aussi attaché qu'il Tétait aux Jésuites, traversa de tout son pouvoir le bon office qu'il tâchaitde rendre à un ecclésiastique d'un si grand mérite, et si injustement opprimé. Mais Dieu, qui tient les cœurs des rois dans ses mains, répandit assez de lumière dans celui de Louis-le-Juste pour lui faire discerner la vérité et l'innocence d'avec le mensonge et la calomnie. On lui dit dans le conseil que l'on tenait depuis cinq ans dans les prisons du bois de Vincennes un abbé accusé d'opinions dangereuses mais qui s'en était très bien justifié. On fit valoir la lettre qu'il avait écrite à M. de Chavigny en 1640, et qui n'avait produit aucun effet en ce temps-là à cause du grand crédit et de la forte opposition de ceux qui voulaient qu'il fût criminel, et on représenta qu'il y avait de quoi s'en contenter. 11 n'en fallut pas davantage pour faire expédier l'ordre de sa liberté, et il sortit le 6 février.

On en sut aussitôt la nouvelle dans le monastère de Port- Royal. Les personnes qui le gouvernaient apprirent que Tordre en était expédié et que M. d'Andilly parlait pour l'aller quérir. La Mère Agnès l'ayant appris au parloir, et venant ensuite au réfectoire, ne voulut pas différer de donner cette joie à toute la communauté, mais son extrême discrétion lui suggéra un moyen d'en faire part à ses sœurs, sans blesser la régularité par Tinlerruplion du silence; et pour faine entendre ce qu'elle ne voulait pas dire, elle prit sa ceinture et la délia devant la communauté pour faire comprendre que Dieu rompait les liens de son serviteur. Comme on était déjà prévenu d'une grande espérance de sa liberté, ce signe n'eut pas besoin d'une autre explication, on le comprit aussitôt; et la joie se répandit du cœur sur les visages, sans paroles et sans aucune dissipation d'esprit.

Mais elle s'augmenta notablement lorsque Ton sut,

quelque temps après, que M. d'AndiUy viendrait descendre

avec M. «le Saint-Cyran dans le monastère avant que de le

mener chez lui ; toute la communauté l'attendit et eut la

otation de recevoir sa bénédiction au parloir.

11 Leur témoigna qu'il se serait estimé heureux s'il fût mort dans le l><>is de Vincennes, parce qu'il serait mort

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pour la charité. Mais M. Arnauld Lui répliqua qu'au lieu

cela, il vivrait, pour la charité. Et en efl'et c'était son dessein

de travailler pour défendre la □ cette divine vertu

contre ceux qui ont entreprit d'en abolir l'obligation en notre siècle, et s'il eût vécu plus longtemps, il avait résolu d'écrire sur cette importante matière et d'établir la doctrine de la contrition. Mais Dieu en avait disposé autren dans l'ordre de sa Providence, et voulait dans peu de temps lui procurer une plus grande liberté que n'était celle de sa sortie du bois de Yincennes*.

Voilà de quelle manière cet abbé sortit d'une prison où ses ennemis avaient entrepris de le tenir enfermé pour tout le reste de sa vie, et qui ne servit par l'événement qu'à le purifier davantage, et à lui donner le loisir d'écrire un si grand nombre de lettres édifiantes pour la conduite des âmes.

Il s'y trouva comblé de bénédictions et de grâces, et Dieu lui en accorda particulièrement deux qu'il lui avait demandées dans le temps de sa détention : la première fut que son affliction [ne] fût [que] pour J ui seul, et que ses amis ne s'y trouvassent point engagés. Dieu exauça cette prière, et quoique M. le cardinal de Richelieu, M. l'évêque de Langres, les jésuites, l'abbé de Prières, bernardin, plusieurs ecclésiastiques et religieux, entre lesquels les capucins étaient les plus animés, menaçassent tous les jours M. Singlin, qui était son ami intime et son confesseur aussi bien que celui de Port-Royal, de le chasser de ce monastère, et de l'envoyer hors de Paris, la conspiration qu'ils avaient faite contre lui n'eut aucun effet. Ils avaient aussi eu le dessein de troubler le monastère de Poil-Royal par une visite de juges ecclésiastiques qui devaient être autorisée par M. l'archevêque de Paris, et ils en témoignaient tant d'ardeur que l'on crut pendant plus de quatre mois qu'elle se ferait; mais Dieu arrêta encore cette violence.

1, Écrit puis barré au ms. : « Mllc Le Maistre, qui n'était pas encore religieuse et qui était pénétrée de ressentiment pour les obligations qu'elle avait à M. de Saiut-Cyran, tant eu sa personne qu'en celle de ses enfants, pour marquer la joie qu'elle avait de sa délivrance, voulut douner à dîner à tous les amis de M. de Saint-Cvran, qui devaient venir à P. R. pour le saluer, et le même jour elle traita aussi toute la communauté» (ces derniers mots sont peu lisibles au ms.).

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M. de Saint-Cyraii lui avait aussi demandé, comme une grâce particulière, qu'il ne permît point qu'on trouvât quelque prétexte dans quelqu'un de ses papiers pour décrier sa doctrine et pour causer un scandale dans l'Église. Ce que Dieu empêcha aussi d'une manière admirable, car ses papiers étant tombés entre les mains de ses plus grands ennemis, parmi lesquels il y en avait plusieurs à qui l'on pourrait attribuer ces paroles de saint Augustin, qu'ils dressaient des pièges aux syllabes pour en abuser par leurs chicaneries pendant qu'ils étaient visiblement prévaricateurs des divins commandements : Aucupes syllabarum et prœvaricatores prœceptorum, les yeux de la plus maligne censure n'y trouvèrent rien à reprendre, et sa détention ne servit qu'à le rendre plus célèbre dans l'Église, aussi bien pour la pureté que pour l'éminence de sa doctrine.

CHAPITRE XXI Troisième sermon prêché par M. Habert dans l'église de Paris.

On attendait avec quelque sorte d'impatience le jour de la Septuagésime pour voir si M. Habert irait jusqu'au bout, et si un silence de quelques mois ne serait pas capable de lui donner un peu de modération. Mais ceux qui se flattaient de cette pensée en furent bientôt détrompés. Car dès qu'il commença à ouvrir la bouche, il se forma des monstres pour les combattre, et après avoir un peu parlé de la lumière et dos ténèbre* comme il avait fait dans son sermon précédent, ii entreprit de parler de la sainteté de la foi, et de montrer que sans cela il ne peut y avoir ni sainteté de personnes ni sainteté de doctrine, et de là dit-il : « Nous minerons aisément ce que Ton dit, que ces opinions sont vraies et saintes, parce que des personnes saintes, religieuses, et de vie exemplaire les croient et les publient. Car ce n'est pas par lasain- Leté «1rs personnes, laquelle nous ferons voir n'être qu'appan nie, qu'on doit juger de la sainteté de la foi : Non judie; nuis, sed ex fide personas. »

tait quelque chose qu'il tombât d'accord que, les sentiments contre lesquels il s'élevait avec tant de chaleur et de passion fussent soutenus par des personnes saintes, re-

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de prétendre, comme il faisait, que l'on se 9ervtt de leur probité pour établir la doctrine de Saint-Augustin.

« En second lieu, dit-il, nous voyons que beaucoup à i hérétiques etd'hérésiarques ont été en réputation de sainteté. » U en nomma quelques-uns, et mit en ce nombre Nepos qui était un catholique très vertueux, qui était tombé dans L erreur des Millénaires comme quelques autres saints des premiers siècles. Mais il s'arrêta particulièrement à Pelage, par une étrange comparaison d'un hérétique opiniâtre avec un évêquè soumis à église et au jugement du Saint-Siège jusqu'au dernier soupir de sa vie.

« Je dis de plus, continua-t-il en troisième heu, que cette sainteté n'est pas vraie, et que ce ne sont que des vertus feintes et de pures hypocrisies, puisqu'il est impossible au'il Y ait des vertus chrétiennes et de sainteté sans la foi, laquelle ils détruisent par leurs erreurs, en se séparant de la communion et des opinions communes e reçues de toute l'Église depuis cinq cents ans, selon qu ils 1 avouent eux-mêmes. Et bien loin que ces hérétiques aient une véritable vertu chrétienne, ils n'ont pas même une véritable vertu morale, puisqu'ils la perdent et quelle dégénère en vice lorsqu'ils entrent dans des sentiments centrales a ceux qnT'sont reçus communément de l'Eglise. C'est pourquoi saint Augustin soutient que personne n'a jama.s ete apostat n'a jamais abandonné l'Eglise, que ceux qui ont ete damnés/ pour leurs péchés, en demeurant ^ -me dans l'Église Ainsi toute leur sainteté ne parait a la fin qu hvpo crisie, et dans la vertu même dont ils font profession et ostentation ils y mêlent des choses mauvaises 11 y a deux sortes de péchés, de corporels et de spirituels. Arrière le péchés, les péchés de graisse, les péchés de ceux de qui .1 a été dit qu'ils divinisent leur ventre : BeottôioO*. xoiW. Ce ne sont pas là les péchés de ces subtils hérétiques; ce son les spirituels. Je sais bien que les péchés corporels sont détestables, pleins d'infamie; mais les pèches spintuels, l'envie l'ambition, l'orgueil et la superbe, sont incomparablement plus dangereux : Caremus viliis hominum, dit saint Augustin, abundamus viliis diabolorum. »

Il les accusa ensuite de rejeter la doctrme de samt Thomas, et de dire « que depuis cinq cents ans, et depuis lins-

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