‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 156 sur 524 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

litution des facultés, toute l'Église a été dans Terreur; que tous les docteurs de l'Église ont ignoré les mystères de la foi. » Mais il ne fallait que des yeux pour trouver la réfutation de cette imposture dans le livre contre lequel il invectivait d'une manière si sanglante, puisque la conformité de la doctrine de saint Thomas avec celle de saint Augustin y est parfaitement établie.

Il recommença encore à les blâmer de ce qu'ils élevaient saint Augustin au-dessus des autres Pères de l'Église, *et ajouta ce qui suit : « Nous avons assez parlé de la sainteté des personnes, venons, maintenant à la sainteté des propositions. Il y en a trente ou quarante qui sont très dangereuses. Mais j'en dirai de suite autant que mon heure le pourra permettre, réservant les autres à des bouches éloquentes qui en parleront durant le carême et qui en ont charge. »

L'événement a fait voir la témérité de M. Habert et l'excès de ses calomnies, puisque ces trente ou quarante propositions se sont trouvées réduites aux cinq de M. Cornet; ces cinq à une seule détachée de son lieu, et cette seule à une simple question de fait. Mais il fallait sonner le tocsin pour alarmer toute l'Église, et rendre odieux à tout le monde, par ces accusations vagues de trente à quarante erreurs, des docteurs très catholiques dont il avait entrepris de se venger. Et il était si peu vrai que l'on eût donné ordre aux prédicateurs du carême de réfuter cette doctrine, qu'au contraire M. l'archevêque de Paris, ayant appris cette hardiesse de M. Habert, en fut offensé, et depuis il fit publier un mandement dans lequel il condamna le procédé des prédicateurs qui avaient usé d'invectives contre ceux qui étaient d'une autre opinion que la leur, qui les avaient chargés de termes injurieux, et condamné leur doctrine d'erreur et d' hérésie, désirant arrêter par là les dissensions scandaleuses. C'était marquer assez clairement les sermons de M. Habert qui avait donné ce mauvais exemple à quelques autres prédicateurs, dont les discours pleins de la même passion étaient le fruit et la suite scandaleuse de ses invectives.

Il entra ensuite dans l'examen de cette proposition, et mit à la tête de toutes les autres celle qu'il attribuait à ces théologiens, de dire que J.-C. n'est pas mort pour tout le monde, et entreprit de la réfuter par les paroles d'un prétendu i 13

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concile d'Arles, qualifianl de concile la lettre de : Lucide.

Il passa ensuite à une seconde proposition, mais il redoubla sa chaleur pour la combattre. « Le second point, dit-il, est que J.-C (et véritablement j'en ai horreur] a'esi pas rédempteur de tous les hommes. Assemblez tous les hommes qui sont, qui seront et qui ont été, y en a-t-il pas un qui puisse dire : « J.-C. n'est pas mon rédempteur »? Impiété! erreur! blasphème! hérésie! Cela me t'ait dresser les cheveux en la tête. »

Il voulait frapper l'esprit du peuple par cette exclamation si forte, et renouveler les plaintes que les semipélagiens faisaient autrefois contre la doctrine de saint Augustin ; mais il était aisé de répondre à ses injures, comme on y a fait depuis par écrit, et de faire voir que c'était inutilement qu'il faisait sur ce sujet des protestations si hardies, en disant : « Je mourrais pour ces vérités. Je répandrais jusqu'à la dernière goutte de mon sang. Si je ne vous prêche des vérités, abandonnez-moi, et si ce ne sont là des maximes d'erreur et d'hérésie. »

Et comme il prévoyait bien qu'il était aisé de lui répondre, il ajouta : « On me dira qu'on interprète cela. Je sais bien qu'on peut tout interpréter. Si je disais, au lieu à' Jn principe erat verbum etc, au lieu de Verbum càro factura est, Verbum caro non factura est, ne me condamneriez-vous pas? » C'était une pure illusion, la proposition qu'il attribuait à M. d'Ypres ne se trouvant pas dans son livre.

Cependant ayant pris de là occasion d'établir la grâce suffisante donnée à tout le monde dans le sens de Molina, il consomma tous ses autres emportements par un excès tout nouveau : « Et ils avouent aussi, dit-il, que depuis cinq cents ans on enseigne le contraire. Us soutiennent que depuis cinq cents ans l'Église enseigne des erreurs, qu'elle a été trompée et subornée durant tant de temps. Sur cela seul il faudrait fermer le livre et le brûler en... » (il n'osa pas achever et dire : en Grève). C'est ainsi qu'il traitait le livre d'un évêque très catholique, mort dans la soumission du Saint-Siège, approuvé par d'autres évêques et par de très habiles théologiens. Et parlant de sa grâce suffisante molinienne, il soutenait que « de dire que tout le monde ne l'a pas, c'est un bouclier pour les libertins; c'est ouvrir la

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