CHAPITRE XXIII
Lettres de M. de Paint-Amour au pape, au cardinal François Barberin, et à M. de Fontenay-Mareuil, ambassadeur à Rome. L'Université publie des observations sur la requête des jésuites au roi et à son
conseil.
M. Hallier, qui s'est étudié toute sa vie à se rendre considérable à la cour de Rome, n'oubliait pas ses affaires particulières dans la sollicitation de cette cause commune. Il représenta à M. de Saint-Amour, recteur de l'Université, que les privilèges dont elle jouit étant une émanation de La libéralité des papes, aussi bien que de celle de nos rois très chrétiens, il fallait avoir recours au Saint-Siège pour en demander la conservation. Ce moyen fut encore accepté. M. de Saint-Amour implora la protection du pape par une grande lettre latine, à laquelle il en joignit une plus courte pour M. le cardinal François Barberin, son neveu, et pour
d'épiscopat, laissant une réputation de sainteté confirmée, disaient les contemporains, par de nombreux miracles.
1. Vic'or Pallu. seigneur du Ruau-Percil et docteur en médecine de la Faculté de Paris (1604-1 <
2. ...et il a témoigné ;l plusieurs personnes que M.Gault son parent, après avoir achevé se-; études et délibérant en lui-même du choix d'un genre de vie pour examiner s'il entrerait dans la congrégation de l'Oratoire ou dans la compagnie «les Jésuites, s'était instruit à fond de la conduite de ces Pères, et s'était proposé à lui-même la plupart
<(ui se lisent maintenant dans cette Apologie de l'Université de Paris. Quoi qu'il en soit... »Tout ce passage est narré sur le îdb.
200 MÉMOIRES DE GODEFROl HEKMANT
demeurer dans les termes d'un bon Français, d'un domestique de la maison du roi, et d'un homme qui avait eu l'honneur d'être tenu sur les fonts par Sa Majesté chrétienne, il donna avis de cette conduite à M. de Fontenay- Mareuil1, ambassadeur du roi vers Sa Sainteté, en lui recommandant de tout son pouvoir une affaire si importante. Voici ce qu'elle contenait :
« Monseigneur,
« Les nouvelles persécutions que les jésuites viennent d'allumer contre l'Université de Paris, dont ils veulent usurper les privilèges, nous contraignent de prévenir leurs efforts auprès de Sa Sainteté, et d'empêcher de tout notre possible qu'ils n'obtiennent de nouvelles bulles contre une liberté qui nous est demeurée entière depuis huit cents ans. La place que vous tenez à Rome pour le service de Sa Majesté et l'affection que vous portez à l'État nous font espérer que nos prières ne vous seront pas désagréables, et que vous emploierez sérieusement votre crédit pour maintenir nos droits, à qui la gloire de la France est attachée. C'est ce que nous espérons de faire voir au roi, de qui nous tenons l'institution et les privilèges de ce corps célèbre, et qui sans doute confirmera en cette occasion les bienfaits d'une infinité de ses devanciers. Permettez, Monseigneur, que les lettres vous aient une obligation si étroite, et qu'elles vous offrent leurs humbles reconnaissances par l'assurance que vous en donne,
« Monseigneur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur,
« Louis de Saint-Amour, « Recteur de l'Université de Paris. »
Les jésuites ayant eu connaissance de cette lettre en furent extraordinairement irrités, et en voulurent faire un crime à celui qui l'avait écrite. Mais le véritable sujet de leurs plaintes était moins de ce que Ton avait écrit à Rome, puisqu'ils le firent eux-mêmes, comme il parait par la réponse de M. le cardinal François Barberin, du 9 mai suivant,
1. François du Val, marquis de Fontenay-Mareuil (1593-1665), ambassadeur de France à Rome, a laissé des Mémoires publiés pour la première fois daus la colleetiou Petitot.