LIVRE II
que de la liberté avec laquelle M. de Saint-Amour avait représenté au pape la corruption de leur doctrine. « Ne croyez pas, lui disait-il, très Saint Père, qu'en vous écrivant de la sorte nous ayons en vue de les offenser. Que Votre Sainteté ne nous soupçonne pas d'un esprit d'envie, ni du désir de nous emporter contre eux à la médisance dans une occasion où la pureté de la doctrine chrétienne et de la vérité ecclésiastique est visiblement exposée à un si grand péril. Les choses dont nous souhaitons d'avertir avec larmes Votre Sainteté sont l'effet d'une piété sincère, et non d'une secrète envie qui soit dans l'impuissance de réprimer ses mouvements. Qu'elle nous permette, s'il lui plaît, de toucher délicatement des plaies qui coulent encore et qui sont encore toutes sanglantes, et de déplorer ces nouveautés des jésuites dont nous promettons de vous donner pour témoins les yeux de toute l'Europe. Comme ils ont des sentiments plus conformes à la chair qu'à J. -G., et qu'oubliant la simplicité chrétienne, ils détournent l'industrie de leurs esprits à des subtilités politiques, quelles tragédies ne font-ils pas tous les jours, quels tumultes n'excitent-ils point? quelles armes, quels flambeaux funestes ne mettent-ils point entre les mains des profanes? Ils remplissent la théologie scholastique de nouveaux dogmes par je ne sais quelle démangeaison de publier des maximes extraordinaires, et il n'y a presque point de partie dans tout le corps de cette espèce de théologie qu'ils n'aient entrepris, ou de mutiler entièrement, ou de flétrir par les marques les plus honteuses, ou de corrompre par le fard et le déguisement de la nouveauté. Est-ce qu'ils ont été plus réservés et plus retenus par les disputes qu'ils ont faites touchant la morale? Au contraire, ils manient comme il leur plait les dogmes les plus importants, comme si c'était une cire molle à qui l'on fait prendre toutes les formes que l'on veut; ils rendent un ministère honteux à la paresse et au dégoût des peuples dont ils favorisent les inclinations; ils attribuent faussement l'innocence aux plus grands crimes et leur promettent l'impunité par une, Qatterie dangereuse et une cruelle miséricorde. par ces artifices qu'ils s'efforcent d'acquérir de la réputatioa à leur Société qui a une si grande démangeaison d'écrire* Tout <•<! qu'ils ont mis au jour, quelque contraire qu'il puisse cire à la piété et à l'ancienne tradition, devient
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pur dans leur estime pourvu qu'il soit comme assaisonné de la douce et agréable apparence de la nouveauté, de sorte
qUe l'on peut dire que nous sommes maintenant plus affligés par les remèdes de nos maux que par nos maladies mêmes, et qu'il s'en faut peu que cette masse si dangereuse de tant de livres ne soit encore quelque chose de plus pernicieux que l'injustice el le dérèglement de nos mœurs. Serait-il donc juste que ces déserteurs artificieux du Saint- Siège eussent encore l'avantage d'avoir de nouvelles bulles des papes et qu'on les mît en état d'usurper l'autorité des privilèges, afin qu'étant couverts de ces armes ils s'emportassent à l'avenir à tous les excès de la dernière hardiesse, et sans que personne fût capable de leur résister? »
Mais la liberté de cette plainte n'empêcha pas que le cardinal Barberin ne répondit avec beaucoup de civilité six ou sept semaines après à M. de Saint-Amour, en le traitant d'homme très illustre et considérable, pour lui mander avec de grands sentiments d'estime pour l'Université de Paris que, Vagissant de constitutions apostoliques, et les jésuites
ayant aussi exposé leurs demandes sur le même sujet, on n'oubliera rien pour examiner toute cette affaire avec beaucoup de maturité. Ce cardinal y joignit aussi de très grandes offres de services pour la protection de l'Université de Faris, comme ne pouvant ignorer l'estime qu'en fait Sa Sainteté et la bienveillance paternelle qu'elle a pour elle*.
Sur la fin du carême de la même année 1643, l'Université publia encore un second écrit, un peu plus étendu que le premier, pour répondre à la requête que les jésuites avaient présentée au Conseil du roi, et on lui avait donné le titre d'Observations sur la Requête, etc. afin de mettre dans son jour la justice d'une cause dont la décision devait être ou son salut ou sa ruine.
1. «Cette lettre est tout entière dans la 2* Apologie de l'Université de Paris, p. 112. » Note dllermant, qui est précisément l'auteur de celte 2° Apologie.