‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 165 sur 524 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Disgrâce de M. de Noyers. Mort du roi Louis XIII. Régence de la reiu'e Auue d'Autriche.

Les yeux de tonte la France étaient ouverts avec une extrême attention pour voir quel serait l'événement de cette affaire de l'Université de Paris, et chacun en jugeait selon sa passion et ses intérêts, ou selon l'état présent dès affaires et des apparences extérieures. Il n'y avaitpresque personne qui n'envisageât la perte de la liberté de ce corps célèbre dans une si dangereuse et si inégale association pour les degrés; et ceux qui avaient de l'amour pour la conservation des lettres et de lasaine doctrine, avaient un sensible regret de voir que des intrigues de cour fussent en état de faire périr en peu de mois un ouvrage de plus de huit siècles.

Les jésuites de leur côté se tenaient si assurés du succès de leur entreprise, qu'ils dressaient déjà le plan de ce nouveau gouvernement, et de la part qu'ils y devaient prendre pour eux-mêmes. On voulut dire dès ce temps-là que M. Rallier les y aidait. M. de Launoy, docteur de Navarre, le fit dire dès lors à ceux qui, agissant de bonne foi pour les intérêts de l'Université de Paris, n'épargnaient rien pour la défendre, et sacrifiaient de bon cœur pour son service toutes les prétentions humaines qu'ils pourraient avoir dans la suite de leur vie. 11 leur fit dire que ce docteur avait [pris] des mesures avec le P. Dinet1. Mais ils ne voulurent rien croire d'une aussi grande duplicité qu'aurait été une conduite si étrange, quoique dans la suite ils aient jugé que la chose était plus que vraisemblable, et qu'il était à présumer que les engagements de M. Hallier avec les jésuites soûl d'une date beaucoup plus ancienne que sou voyage de Home. Que si ce jugement est, bien fondé, ce théologien avait trouvé le moyeu de sa I islaire tout le monde. Il entrait par là dans la plus étroite confidence de ceux qui conduisaient l'affaire deTUniversitéde Paris, etqui ne lui cachaient

1. Jacques Dinet, jésuite, confesseur de Louis Mil et de Louis \tv

rien en ce temps-là. Ils se servait d'eux pour se venger du P.Cellot,quiluiavait dit mille injures, etqui conserva encore longtemps contre lui une animosité particulière. Il se rendait plus considérable que jamais à la cour de Home, en lui procurant des lettres1 de l'Université de Paris. Il ménageait les jésuites, par cette secrète réconciliation, et les empêchait de se déclarer ses ennemis en formant quelques obstacles aux desseins d'établissement qu'il avait pour l'avenir, qui certainement n'étaient pas de légères prétentions. Mais une manière d'agir si peu digne de la sincérité d'un prêtre, d'un théologien, et d'un homme qui vit dans le monde avec quelque honneur, ne mériterait que l'indignation de toutes les personnes équitables.

Quoi qu'il en soit, la confidence de M. Pallier aurait été en ce temps-là assez inutile aux jésuites, en cas qu'elle eût été véritable, puisque la chute et la disgrâce d'un protecteur qu'ils estimaient tout puissant ne servit qu'à leur faire reconnaître que ceux qui établissent leur espérance sur la faveur et l'autorité des hommes, s'appuient sur un fragile roseau, capable de leur percer la main. M. de Noyers, étant tombé en un instant dans la disgrâce du roi par une révolution surprenante, fut exclu du ministère et renvoyé en sa maison de Dangu. De sorte que cette grande machine des jésuites contre l'Université de Paris, étant fondée sur une base pourrie, n'eut ni solidité, ni substance. On ne parla plus d'incorporer leur compagnie à l'Université de Paris; et leurs disciples ne prétendirent plus de se pourvoir, ni au conseil , ni ailleurs, pour s'élever aux degrés qu'ils avaient entrepris d'usurper par le crédit d'un ministre d'État qui croyait faire pour lui-même ce qu'il faisait pour leurs intérêts.

Ce changement étant arrivé quelques jours après Pâques, au mois d'avril, il en arriva encore un plus grand peu de temps après. La santé du roi diminuait tous les jours par la corruption de ses entrailles. 11 prévit lui-même qu'il ne pouvait plus durer longtemps dans une si grande faiblesse. La mort de Marie de Médicis, sa mère, et celle du cardinal de Richelieu, son premier ministre, lui furent de grandes leçons pour se préparer à ce passage dans lequel il ne

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