‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 17 sur 524 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

des Jésuites, ou du moins les épouvanter et les obliger par la crainte de se tenir en repos. Mais les menaces que leur provincial venait de faire à nosseigneurs les prélats n'étaient pas des discours en l'air. Il eut encore l'insolence de leur reprocher hautement que la censure qu'ils venaient de publier par la complaisance qu'ils avaient eue pour les ennemis de leur compagnie était armée de fer, qu'elle n'avait point été appliquée pour la guérison des blessures, mais quelle avait fait de nouvelles plaies aux membres de l'Église qui n'avaient rien que de sain. C'était ainsi qu'il traitait, non seulement les évêques, qui lui devaient être vénérables par leur dignité sacrée, mais même les pères pleins de charité qui avaient eu assez de bonté pour se contenter de la condamnation de leurs livres sans en marquer ni flétrir les auteurs.

Les jésuites n'en demeurèrent point là. Comme si la condamnation de ces libelles leur eût donné du mérite, et que les marques honteuses qu'ils portaient sur le front par tant de censures fussent devenues leur gloire, ils les traduisirent en latin, et comme Knott, qui était l'auteur de l'un de ces deux ouvrages, tenait un rang considérable dans leur société, savoir celui de sous-provincial de sa province, ils voulurent contrebalancer la censure des évêques et de la Faculté, qui venaient, de le condamner sous le nom de Smith, par un grand nombre d'approbateurs de son ouvrage, qui tous, à la réserve de deux, étaient du nombre des réguliers, et la plupart jésuites; Floyd, qui était l'auteur de l'autre libelle, ayant même donné son approbation avec les autres. Et quant à ces deux autres approbateurs séculiers, l'un était curé d'Anvers, et l'autre était le sieur Boucher1, de la Faculté de Paris, et autrefois curé de Saint-Benoît, cet homme si emporté et si furieux qui avait commis de si grands excès dès le commencement de la Ligue, et qui publia dès lors un ouvrage détestable avec ce titre : De la juste abdication de Henri 111, se réjouissant même, à la fin de son traité de ce

1. Jean Boucher (né vers l?J*jO, mort en 1644) recteur de l'Université, prieur de Sorbonne, docteur en théologie, curé de Saint-Benoît, fut l'un des instigateurs d« la Ligue, dont la première assemblée se tint Chez lui. Il se signala par sou extrême violence, approuva le régicide Jacques Clément, et combattit toujours Henri IV. 11 mourut à Tournay où il s'était réfugié « bien changé d'humeur » dit Mézeray.

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que ce prince venait d'être assassiné par Jacques (Moment, et combla de bénédictions Fauteur de ce parricide. Voilà quelle l'ut l'autorité que les Jésuites opposèrent à celle du clergé de France et de la Faculté de Théologie, et on peut dire que son nom ne pouvait paraître dans leur ouvrage sans en être plutôt une nouvelle censure qu'une véritable approbation.

Les jésuites poussèrent encore l'affaire plus loin, et continuant la guerre qu'ils avaient déclarée à M. l'évêque de Chalcédoine, ils publièrent contre lui une prétendue déclaration sous le nom des catholiques laïques d'Angleterre. Mais ils eurent la confusion, non seulement d'en recevoir un désaveu public de la part de ceux à qui ils attribuaient cette conspiration contre leur évêque, mais même de voir que le clergé d'Angleterre, uni avec les laïques de leur île, défendit par des écrits publics l'innocence de son prélat.

Cependant, les censures leur paraissant insupportables, ils entreprirent d'y répondre, et choisirent pour cet effet le même Floyd qui venait d'en être flétri, qui se cacha sous le nom d'Hermannus Loëmelius, se qualifiant de licencié en théologie et chanoine lectoral de l'église cathédrale de Saint-Omer. Tous ces titres étaient chimériques et ne servaient qu'à donner à ce jésuite la liberté de déchirer impunément les évêques qui avaient condamné ses impiétés et ses hérésies. Il publia deux nouveaux livres, le premier intitulé : Eponge pour la défense des catholiques d'Angleterre, et sur la fin il y répondait à la censure de M. l'archevêque de Paris par une espèce d'addition ; et le second : Plainte apologétique de l'Église d'Angleterre, au sujet de quelques livres français. Ces deux ouvrages étaient si pleins de feu et de soufre, et si contraires, non seulement à l'autorité de l'Église, mais même à celle des rois et des ministres de la justice et de l'État, que le Parlement de Rouen, en ayant trouvé quelques exemplaires chez un libraire de Saint-Omer, donna un arrêt qui les condamna à être déchirés et brûlés par la main du bourreau, ce qui fut exécuté1.

En même temps l'on vit encore paraître un autre libelle

1. On peut lire dans les Annales de la Société des soi-disant jésuites tome II, p. 610, le texte de l'arrêt du 7 octobre 1632.

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