‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 186 sur 524 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les Jésuites transforment un de leurs Pères en évêque, et font imprimer ses lettres sous le nom d'Eusèbe à Polémarque.

L'humiliation du P. Noiiet, par la satisfaction publique qu'il avait faite chez M. le Cardinal de Mazarin, n'avait servi qu'à irriter les Jésuites. Après avoir produit un de leurs prédicateurs sans autre fruit que celui de la confusion et de la honte dont il venait d'être couvert, ils se flattèrent de l'espérance de réussir mieux la plume à la main, et ayant donné ordre à un de leurs Pères, que l'on a cru être le P. Lombard1, assez médiocre prédicateur, de réfuter le livre de la Fréquente Communion par des lettres, ce nouvel auteur en publia un assez gros volume, sous le nom d'Eusèbe à Polémarque, toutes écrites de Dampville en 1643, et signées E. D. C. Ce fut une chose assez étonnante, mais très digne d'eux, qu'ayant eu un si grand mépris pour seize évêques, approbateurs du livre de M. Arnauld, ils se persuadassent qu'on dût lire avec respect l'ouvrage d'un évêque imaginaire. Car cet Eusèbe prétendu se donnait cette qualité, quoique, ne se souvenant plus de son premier dessein, il parlât souvent comme un simple prêtre, et comme un homme qui faisait profession de prêcher en toutes rencontres. Tout son ouvrage était rempli d'un faste insupportable, et dès la première page de son livre, faisant \ev son Polémarque pour un homme de la première qualité, il lui en faisait procurer l'édition par cette lettre.

1. Nicolas Lombard, Jésuite (1590-1646). La Bibliothèque de Sotuel lui attribue sans hésiter l'ouvrage dont il est ici question.

Polémarque au libraire.

« Monsieur,

« .le vous envoie un de mes gentilshommes en qui vous prendrez toute créance de ma part, et qui vous fera connaître mes intentions, dont la principale et la plus importante est que vous usiez de toute la célérité possible pour l'impression des lettres dont je l'ai chargé, quand vous les aurez fait passer légèrement sous l'œil de celui qu'il vous dira, pour les ranger en meilleur ordre que vous ne les recevrez. Je crois qu'elles seront trouvées grandement utiles au public. Travaillez-y donc diligemment, et vous obligerez une personne, dont le pouvoir est assez grand pour vous rendre de bons offices dans les occasions. « C'est...

« Ce 1er décembre 1643.

« Votre ami,

Polémarque. »

Les prédictions de ce Polémarque chimérique se sont trouvées sans effet, son livre s'étant ruiné de lui-même, et n'ayant servi qu'à faire voir la vanité et le peu de jugement de son auteur. Car ne se souvenant plus qu'il n'écrivait qu'à Polémarque, il l'appelle Messieurs par deux fois dans une même lettre. « Jugez, dit-il, Messieurs, de la fidélité de notre auteur à rapporter les anciens Pères..., Persévérons, Messieurs, persévérons toujours dans les sentiments de la vraie religion. »

Sa modestie paraît encore dans ces paroles : « Certes, dit-il, il est vrai de dire que cette faction d'esprits est comme une hydre, à qui, quand on a coupé une tête, il renaît incontinent une autre. Car j'apprends (ce que peutêtre vous ne savez pas, Monsieur) qu'ils sont maintenant dix ou douze petits docteurs, ou bacheliers, ou soi-disant tels, qui font ligue d'étude ensemble. Ils pâlissent sur les livres, pour s'opposer conjointement, par la communication de leurs pensées, aux vérités qui détruisent leur vaine conduite, et faire éclipser, s'ils peuvent, toutes les lumières qui découvrent leurs faux jours, et l'obscurité de la doctrine de leur feu maître, qu'on sait avoir été conçue

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