‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 187 sur 524 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

et enfantée dans la prison. Quoi qu'il en soit, c'est un bruit commun dans le Palais (comme on m'a dit) qu'il reste toujour un bon avocat et un mauvais théologien dans l'école du défunt, et ne sont que deux à la vérité. Mais aussi, quand toutes les têtes impies et autres de la cabale étaient vivantes, c'était le Géryon de la fable passé dans l'histoire, que les poètes nous représentent comme un monstre à trois corps, et par conséquent à trois têtes, vaincu autrefois par un Hercule. Et maintenant s'ils sont douze, ce sont encore les douze travaux d'un nouvel Hercule, dont il faut que je sorte glorieux moyennant Dieu, et que j'entreprenne de les combattre, ou l'un après l'autre, ou tous ensemble, afin qu'ayant plus de force, et étant vaincus, ils fassent plus de gloire à leur vainqueur. Et ne vous étonnez pas, Monsieur, si, contre ce que je disais auparavant, qu'un Hercule même ne peut rien contre deux, je me fais fort d'en défaire douze tout d'un coup, à la façon qu'Hercule en s'éveillant un jour, défit d'un tour de bras, une armée de petits pygmées. »

Il n'y a rien de si agréable que la manière dont il commence la dernière de ses lettres.

« Monsieur,

« Il n'en va pas ainsi de nos combats comme des vôtres, ni de la plume comme de l'épée. Pour attaquer vos ennemis et les défaire quand il sont en présence, vous n'avez qu'à donner un coup d'éperon, tirer l'épée, porter le coup de pistolet, et souvent cela se fait en moins d'une demiheure. Mais dans nos querelles que nous démêlons par la plume, pour bien assurer son coup sur l'ennemi et le renverser entièrement, il faut de l'étude et du loisir; et partant, quand vous vous figurez, Monsieur, qu'il ne me faut que deux ou trois jours pour achever le reste de mon travail, et jeter notre auteur tout à fait dans le désordre avec tous les autres directeurs à la nouvelle mode, ses associés, vous me faites plus fort que je ne suis, et c'est à quoi je ne veux pas déférer fort à votre créance ; il m'en faut plus de six. Quoi qu'il en soit; assez tôt, si assez bien, sat citn si sat benè. Mais enfin me voici sur le point de vous montrer que l'auteur, par le tonnerre de ses discours, nousjettedes éclairs dans les yeux pour nous faire peur, et qu'il veut s'assister

de la splendeur des saints, pour tâcher de nous éblouir de ses propres lumières. 11 veut armer le ciel et la terre contre nous, c'est-â-dire contre la direction commune de l'Eglise. » Il est malaisé de dire ce que les Jésuites prétendaient en se servant de la plume de cet écrivain, dont le caractère était plutôt celui d'un fanfaron et d'un capitan de comédie que d'un théologien. Aussi cet Hercule prétendu n'a pas encore trouvé de poète qui ait chanté ses victoires. Car outre ce style de matamore et quelques passages des Pères falsifiés, tout son gros volume n'est qu'un amas de mots inutiles, et tout son travail eut si peu de succès dans le monde, que nous nous sommes crus obligés d'en rapporter ici quelques lambeaux, de peur que ceux qui auront la curiosité de le chercher ne le trouvent plus nulle part ailleurs. Et dans le vrai, il fallait que les Jésuites fussent réduits à une grande pauvreté pour commencer le combat par ce Thrason1 de théâtre dans le temps que le P. Nouët se vantait que leur compagnie avait un si grand nombre de valeureux champions.

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