‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 21 sur 524 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Le premier qui s'engagea au combat pour réprimer leur insolence fut M. François Hallier1, docteur en théologie de la Maison et Société de Sorbonne, dont nous serons obligés de parler plus d'une fois. C'était un homme qui avait plus de lecture et d'érudition que la plupart des docteurs de ce temps-là; mais qui, ayant la mémoire heureuse, s'y fiait quelquefois plus qu'il n'eût été à souhaiter, et voulait qu'elle lui fournît d'elle-même ce qu'il avait lu en lui épargnant la peine d'avoir recours à ses livres. Il eut l'avantage d'être le premier défenseur de la cause de l'Eglise dans cette importante conjoncture, et il le fit en publiant un ouvrage sous ce titre : Défense de la hiérarchie ecclésiastique, à Paris l'an 1631.

Mais on mit au jour quelque temps après un livre admirable que personne n'avait attendu, intitulé : Défense de la censure de la Faculté de Théologie de Paris, par Petrus Aurelius, Théologien; à Paris, chez Charles Morel, rue Saint- Jacques, à la Fontaine. 1632. Avec privilège du roi et approbation des docteurs.

Ayant réfuté YEponge de Floyd par cet excellent ouvrage, on en publia un autre quelque temps après, quoiqu'il eût dû devancer le premier, selon l'intention de l'auteur, et il était intitulé : Défense de la lettre par laquelle les Illustrissimes et Revèrendissimes Evêques de France ont condamné les livres de Nicolas Smith et de Daniel de Jésus, contre un livre intitulé : Plaintes de V Eglise d 'Angleterre. Cet illustre inconnu y avait aussi ajouté une réfutation des huit causes que les jésuites employaient par manière d'exceptions préliminaires pour éluder l'autorité des censures de Paris. Il y répondait aussi par un traité particulier au P. Sirmond ", jésuite, touchant l'explication d'un canon du concile d'Orange, et justifiait la censure de M. l'archevêque de Paris contre l'addition de Floyd.

1. François Hallier (1595-1659), théologal de Chartres, docteur et professeur de philosophie eu Sorbonne, fut syndic de la Faculté de théologie. On verra dans cette histoire qu'il essaya d'abord de ménager les deux partis et qu'ensuite il se donna aux jésuites. Il fut pourvu à sou retour de Rome, où il avait été solliciter la condamnation des ciuq propositions, de l'abbaye de Rieux, puis de l'évôché de Cavaillon. dôlK il prit possession en 1058.

2.. lacques Sirmond (1569-1651), savant jésuite, confesseur de Louis MIL

Tous ces ouvrages lurent suivis de celui de M. Nicolas Le Maître1, licencié en théologie de la Société de Sorbonne; il l'intitula : Rétablissement de l'ancienne principauté des Evêques et de l 'obéissance religieuse que lui doivent tous les Moines et les Clercs, à Paris chez Guillaume Pelé, rue Saint-Jacques, à la Croix d'or, 1633 ; avec privilège du Roi et approbation des Docteurs.

Enfin il parut encore un autre livre contre celui d'Edmundus Ursulanus, intitulé : 'Apy.ic^acT'.;, par Paul Harisse, Prêtre, 1633.

Mais quoique tous ces livres tendissent également à découvrir l'entreprise des jésuites contre la dignité épiscopale, celui qui les blessa davantage et les perça jusques au cœur fut l'ouvrage de Petrus Aurelius. Ils virent avec douleur qu'il était reçu avec une admiration générale de la profonde doctrine qui y était répandue de toutes parts. Ils n'eurent pas de peine à concevoir quel adversaire ils s'étaient attiré sur les bras en la personne de cet illustre inconnu, plein d'esprit et de lumière, de courage et de vigueur, et qui, outre une connaissance générale de la tradition de l'Église dans tous les siècles, paraissait encore particulièrement instruit de l'esprit de leur société et de tous les mystères de leur cabale.

Ils reconnurent que ce serait inutilement qu'ils se commettraient avec un génie si élevé, et qu'au lieu qu'ils croyaient avoir donné de la terreur à la Faculté de théologie et à tout le clergé de France, ils auraient sujet d'en avoir à leur tour si ce savant théologien, qui venait de les pousser si vertement, se trouvait engagé pour longtemps dans le combat.

Reconnaissant donc combien ils étaient faibles contre lui, la plume à la main, ils eurent recours à leurs artifices, et ils portèrent leurs plaintes au roi par un Père de leur Société qui était son confesseur, afin qu'il employât son autorité souveraine pour obtenir la suppression des ouvrages d'Aurelius, comme pleins d'injures contre toute leur com-

11 est auteur de nombreux ouvrages, notamment d'une Histoire prédestinatienne, écrite contre les disciples de saint Augustin (1648) et d'une Histoire delà Pénitence publique (1651).

1. Nicolas Le Maître, docteur et professeur de Sorbonne, nommé en 1661 évoque de Lombez, et mort avant sa consécration.

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