‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 212 sur 524 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

propositions du P. Héreau qui justifiaient le duel, l'avortement et les breuvages de stérilité; et concluaient : qu'attendu que cette doctrine est contraire à la parole de Dieu, aux saints décrets et canons, aux ordonnances des rois et aux arrêts de la Cour, et qu'elle est pernicieuse et préjudiciable à la vie des rois et des princes souverains, périlleuse à la noblesse et même à toute la société humaine, il plût à la même Cour leur donner acte de ce que, pour satisfaire à leur devoir et pour leur décharge, ils lui présentent les cahiers de ces écrits, avec les procès verbaux qu'ils en ont dressés; et ordonner qu'ils soient mis au greffe, pour servir en temps et lieu ce que de raison; et dès lors faire défenses, non seulement au P. Héreau, mais à tous autres jésuites de plus enseigner la théologie au collège de Clermont ni ailleurs. Et cela sans préjudicier aux autres droits et actions de l'Université contre ceux de cette Société, et sauf à M. le procureur général, duquel les suppliants requéraient la jonction, de prendre pour le public telles conclusions qu'ils verraient être de justice.

Signé Du Moustier, recteur.

Cette requête était accompagnée de deux écrits, l'un qui portait pour titre : Avertissement contre une doctrine préjudiciable à la vie de tous les hommes et particulièrement des rois et princes souverains, enseignée à Paris, au collège de Clermont, occupé par des jésuites ; et l'autre intitulé : Second Avertissement contre une doctrine préjudiciable à la vie des hommes, etc.

On rappelait dans le premier de ces écrits la mémoire des attentats commis autrefois par Barrière, Châtel et Ravaillac. On faisait voir une conspiration de toute leur compagnie pour établir cette doctrine, qui a été enseignée par Grégoire de Valence, François Suarez, François Tolet, Louis Molina, Léonard Lessius, Emmanuel Sa, Sébastien Heissius, Jacques Gresser, Mariana, Robert Bellarmin, Gabriel Vasquez et Jean Guignard, et on faisait voir que ces gens savants qu'ils prétendaient avoir autorité de disposer par leur conseil de la vie et de la mort des personnes sacrées, c'étaient autres que des jésuites qui prétendaient au souverain empire des lettres.

L'Université, voulant prouver par cet écrit le mépris qu'ils font de l'autorité des évêques, rapportait ce qui venait de

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se passer sur C6 sujet dansles sermons du P. Nom-1 : •■ Paris, disait-elle, ;» vu depuis trois mois en<;a I immodestie avec laquelle ceux de cette Société faisan! publiquement prêcher, en leur superbe temple de Saint-Louis, contre l'esprit de pénitence exposé dans le livre de la Fréquente communion, ont foulé aux pieds les ordres de M. l'archevêque de Paris, qui leur commandait le silence, et l'autorité des évêques qui avaient donné des éloges à ce livre, et désiré que la doctrine qu'il contient fût aussi communément pratiquée par les fidèles comme elle est sainte et nécessaire. On sait qu'ils sont venus à ce haut point d'insolence que d'oser dire qu'on ne se devait point émouvoir de l'autorité des prélats approbateurs du livre, puisqu'on avait vu le temps où de quatre ou cinq cents évêques assemblés, à peine s'en était-il trouvé deux ou trois qui eussent refusé de souscrire à la doctrine des hérétiques. Quelle créance peuvent avoir aux conciles, qui proprement ne sont composés que d'évêques, ceux qui décrient si publiquement et universellement les évêques? »

Le second Avertissement ne poussait pas avec moins de force les autres propositions du P. Héreau touchant le meurtre des médisants, le duel, l'avortement et les breuvages de stérilité, et l'on y faisait voir les effets funestes de cette doctrine plus que barbare, qui n'était fondée que sur la fausse et vaine imagination d'un misérable point d'honneur.

On avait imprimé ces procès-verbaux, cette requête et ces deux traités pendant l'hiver de l'an 1644. Ils furent en état d'être présentés au Parlement sur la fin du carême de la même année, et M. Du Moustier, recteur de l'Université, les distribua hautement dans le temps de la semaine sainte, peu de jours après que l'on eût fait des remontrances à leurs Majestés sur l'ordre que M. Arnauld avait reçu d'aller à Rome.

Dieu qui règle toutes choses dans le cours de sa providence avait permis cette conjoncture favorable pour découvrir plus visiblement à tout le monde l'injustice et la violence des Jésuites, qui persécutaient si cruellement une doctrine très saine et très orthodoxe, approuvée par tant d'évêques et tant de docteurs, pendant qu'ils enseignaient eux-mêmes des maximes si pernicieuses et si contraires à

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