‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 216 sur 524 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

et quand il n'eût pu se dispenser de prendre part à ces différends, ni de s'en rendre le dénonciateur, c'était au pape et aux évoques qu'il se devait adresser, et non à la reine, à qui il ne pouvait attribuer une souveraine lumière, aussi bien qu'une souveraine puissance, que par une basse et honteuse flatterie.

Il le fit néanmoins avec toute l'aigreur imaginable, en adressant à la reine une remontrance aussi pleine d'ignorances et d'impostures que de violence et de fureur. 11 lui représenta que Sa Majesté sentait bien intérieurement que Dieu lui demandait ces prémices du pouvoir qu'il lui avait mis entre les mains, et que, dès les premières années de son gouvernement, il voulait que l'autorité qu'il lui avait donnée travaillât à la défense de ses autels, pour mériter tout ce qu'il lui préparait de bénédictions; qu'il ne fallait pas pour cela lever des armées, équiper des flottes, ni passer des mers ; que Paris fournissait à cette heure là un ample sujet à son zèle, par les nouveautés qui s'y publiaient dans les conférences, dans les chaires et dans le livre de la Fréquente communion.

Il lui remontrait que ces nouvelles opinions blessaient l'intégrité de l'Eglise, et ne pouvaient avoir d'autre effet, sinon d'affaiblir ce qu'on lui doit de créance, jeter le doute et l'inquiétude dans les esprits, et faire souffrir à l'État tous les dangereux symptômes d'une religion malade; que les persécutions qui usurpent le revenu de l'Église, qui renversent ses autels, qui profanent ses mystères et dont les dégâts sont seulement extérieurs, nous étaient moins à craindre qu'une secte qui ôtait au sacerdoce la puissance de délier les péchés et la volonté de présenter ses sacrifices ; qui soustrayait au peuple le moyen de se purifier de ses offenses et de croître en grâce, en un mot qui jetait le venin couvert du libertinage dans les âmes.

Comme il se persuadait que sa simple relation ne serait que trop suffisante pour en convaincre la reine, il disait : qu'il ne doutait point que Sa Majesté ne fût touchée d'une sensible douleur quand elle verrait, comme il promettait de lui représenter, les dégâts que ces nouvelles opinions faisaient sur les Ames; et qu'il se figurait que son zèle tout surpris, et très justement irrité par ce prodige d'erreurs, promettrai! aussitôt au ciel d'en faire une solennelle ven-

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geance. II eu appuyait la nécessité sur cette maxime g< pale que les nouveautés en matière de religion oe devaient

pas seulement être suspectes, mais abominables, et que leur première dénonciation est une alarme qui doit soulever les deux puissances de l'Etat et de l'Église pour en empêcher le cours. Et afin de vaincre la modestie et la retenue de la reine, qui pouvait s'excuser de la connaissance de cette affaire comme étant disproportionnée à son état et tout ecclésiastique, il témoignait qu'il la croyait éclairée de Dieu par des lumières qui venaient de lui, aussi bien que de sa puissance, pour pouvoir reconnaître les fausses doctrines.

C'était flatter bassement la reine, et lui donner la souveraineté dans l'Eglise aussi bien que dans l'Etat. Mais c'était se tromper soi-même grossièrement, en voulant que sur une simple dénonciation, faite par une personne sans autorité, et qui paraissait si peu entendre la question dont il s'agissait, cette princesse exterminât tous ceux qu'il croyait former le corps de cette secte imaginaire.

Aussi sa remontrance eut une prompte, sage et éloquente répartie dans laquelle on le convainquit de douze impostures. Car on lui fit voir qu'il avait avancé faussement que Ton soutenait ces maximes, savoir : que Ton voulait réformer l'Eglise, comme ont fait les calvinistes; qu'on détruisait l'infaillibilité de l'Église; que Ton soutenait que le prêtre ne remet pas les péchés, mais déclarait seulement qu'ils sont remis; qu'on voulait absolument abolir le sacrement de pénitence; qu'on exigeait qu'elle fût publique; qu'on avait dessein de ruiner la fréquente communion ; qu'on obligeait à la différer jusqu'à ce qu'on ne sentît plus de faiblesse dans l'âme; qu'on entreprenait d'ôter l'usage des sacrements; qu'on jetait le venin couvert du libertinage dans les âmes; que les huguenots faisaient trophée du livre de la Fréquente communion, comme ôtant aussi bien qu'eux la confession du nombre des sacrements; enfin qu'on blâmait les vœux et tout le bien qu'on ne faisait pas.

Après avoir montré que toutes ces accusations n'étaient que des impostures, on remarquait un très grand nombre de faussetés et d'ignorances dans lesquelles le P. Yves était tombé sur le sujet de la contrition et de l'attrition touchant la confession; sur la matière de la pénitence; contre la

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