CHAPITRE XXII
Censure du livre du 9ieur de la Milletière intitulé : Le Pacifique véritable sur le débat de l'usage du sacrement de pénitence. M. Arnauld le réfute prompteuient par une lettre adressée aux prélats approbateurs de son livre de la Fréquente communion.
11 y avait déjà longtemps que le sieur Théophile Brachet de la Milletière1, qui était né calviniste et qui avait été considérable parmi ceux de sa communion, avait conçu un projet d'accommodement pour réunir les deux religions dans un même corps. Ce fut dans cet esprit qu'il mit au jour un petit livre intitulé : Le Pacifique véritable sur le débat de l'usage légitime du sacrement de pénitence. Mais il le remplit de tant d'erreurs que son travail se termina à irriter ceux qu'il enlrcprenail de réconcilier, et fit voir par une nouvelle expérience que ce n'est pas à ceux qui sont encore hors de
t. Théophile Brachet de la Milletière (1596-1665). En 1645, il abjura le cahiuisme et écrivit dès lors pour le combattre.
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l'Église1, comme il était encore alors, â procurer la paix à ses enfants.
La profession qu'il faisait d'être d'une communion différente de la nôtre devait suffire aux docteurs de Paris pour laisser cet ouvrage sans examen et sans censure. Mais outre que MM. Hénière, Bazire et de Flavigny, docteurs de Soibonne, l'avaient approuvé, ceux du corps de la Faculté qui étaient entrés dans les intérêts desJésuUes,eommeM.Habert, théologal de Paris, et quelques autres de ses plus intimes, crurent en devoir solliciter la censure, pour en faire tomber le contre coup sur M. Arnauld, qui ayant été obligé de se cacher pour la sûreté de sa personne ne leur paraissait pas être en état de se défendre.
Il n'y avait rien de si injuste que cette prétention, ni de si noir que cette cabale; car au lieu que M. Arnauld s'était renfermé dans les bornes d'une sage et judicieuse modération, le sieur de la Milletière s'était emporté aux derniers excès, en soumettant indispensablement les péchés les plus secrets et les plus cachés à la pénitence publique, prétendant que l'usage d'accomplir la pénitence avant l'absolution est si essentiel à la pénitence que sans cela l'on ne puisse donner d'absolution valable, et traitant d'abus digne d'anathème tout usage qui n'est pas conforme à cette ancienne
pratique.
M. Habert ayant été commis le 15 juin de la même année par la Faculté pour examiner ce livre, avec M. Hallier et quatre autres docteurs, en dressa lui-même la censure ; et s'y étant appliqué avec chaleur pour en presser la publication après que la Faculté se fut encore assemblée extraordinairement les 18 et 25 du même mois, enfin le Pacifique véritable du sieur de la Milletière fut condamné comme contenant plusieurs propositions fausses, erronées, injurieuses à l'Église, contraires au Concile de Trente et hérétiques. De plus la Faculté déclara qu'elle désapprouvait, cassait, irritait1 et annulait la souscription des trois docteurs qui avaient approuvé ce livre, et les obligea, soit qu'ils fussent présents, soit qu'ils fussent absents, de signer la formule
1. Première rédaction : à ses ennemis; la correction est d'une autre
main.