LIVRE HT
glé par la passion et par l'ignorance, et se plaignait des outrages de ce calomniateur insolent.
Mais son écrit, qui pouvait être meilleur s'il ne l'eût pas défiguré par quelques lambeaux mal ajustés avec tout le reste, fut comme le dernier soupir de sa liberté mourante. Car ayant vu que l'unique fruit qu'il en avait tiré se réduisait à avoir donné aux Jésuites occasion de le décrier par un nouveau libelle, beaucoup plus outrageux et plus sanglant que le premier, il prit le parti de la patience pour tout le reste de sa vie, et de digérer sans bruit le chagrin qui le dévorait.
Le seul titre de cet écrit, daté de Rennes, en 1644, était capable de le percer, parce que l'outrage qu'on lui faisait était accompagné d'une menace terrible; car il ne pouvait lire sans frémissement ces paroles envenimées : Information de la doctrine de M. F. H allier, en attendant celle de ses mœurs qui suivra bientôt, afin de hâter les bulles de son évêché', et les vingt-quatre chefs qu'on avait extraitsde son livre de la Défense de la Hiérarchie lui déplaisaient d'autant plus que le premier l'accusait de richérisme, ce qui était une matière sur laquelle il ne lui plaisait nullement de s'expliquer, de peur qu'un ouvrage que nosseigneurs les prélats avaient récompensé d'une pension ne le rendit un peu suspect à la cour de Rome, dans laquelle il n'avait pas de petites prétentions.
La seconde partie du même écrit était un examen de plusieurs endroits de sa défense par le détail. Sur la fin on lui reprochait ses omissions; on l'accusait particulièrement d'avoir négligé de répondre à ce qu'on lui avait imputé d'appuyer la nouvelle secte des Arnaldistes contre la religion, et d'être le plus grand ennemi que les Jésuites aient dans la Sorbonne; d'avoir dissimulé la plainte que l'on avait faite contre lui, d'avoir contribué à tous les libelles faits en ce temps contre les Jésuites, et d'avoir travaillé à faire censurer par la Faculté les livres du P. Bauny.
Il faut avouer que s'il était vrai, ainsi que plusieurs ont prétendu et qu'on l'a rapporté ci-devant, qu'il était tout à la fois d'intelligence avec les Jésuites et leurs adversaires, la découverte d'une si fine politique en était la destruction, et le réduisait, malgré qu'il eu ml, w prendre parti ou avec I"- uns, ou avec los autres, s;nis ruiner à l'avenir ses Intel-
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licences secrètes par des hostilités publiques. Or ayant à se déclarer, l'union avec Les Jésuites était plus favorable à ses intérêts que celle des personnes qui se déclaraient contre eux.
Il y avait déjà longtemps qu'il nourrissait au fond de son cœur une secrète jalousie contre le livre de Petrus Aurelius, qui avait effacé le sien ; et quoi qu'il eût rendu une visite de civilité à M. l'abbé de Saint-Cyran qu'il croyait en être l'auteur, et l'eût été saluer chez lui quelque temps après sa sortie du bois de Vicennes, il était visible néanmoins à ceux qui le fréquentaient souvent qu il ressentait à son égard quelques mouvements de l'infirmité humaine.
Il n'était guère mieux disposé à l'égard de M. Arnauld, qui étant beaucoup plus jeune que lui et ayant déjà effacé la plus grande partie de sa réputation par le livre de la Fréquente communion, par celui de la Tradition de l'Église, et par plusieurs autres ouvrages qui paraissaient tous les jours pour la défense des plus importantes vérités de la pénitence, de la grâce et de la morale chrétienne, lui donnait lieu de prévoir déjà par avance ce que l'on devait attendre pour l'avenir *.
Ce fut peut être dans cette vue que M. Arnauld lui ayant mis entre les mains le livre de la Fréquente communion pour l'approuver, il s'en excusa, après l'avoir tenu quelque temps chez lui, et sur ce qu'un théologien de leurs amis communs et dont il se servait alors dans ses plus pressantes nécessités, lui demanda si ce refus qu'il faisait de joindre son approbation à tant d'autres venait de ce qu'il
1. On lisait au ms., à la suite de ce paragraphe : « Un docteur à qui Dieu avait donné uu esprit si pénétrant, si judicieux et si solide et tant d'excellentes qualités pour mettre les matières théologiques dans leur plus beau jour, n'en pouvait pas demeurer où il eu était. La solitude même à laquelle il s'était réduit de lui-même pour la sûreté de sa personne lui était une occasion avantageuse pour s'appliquer plus assidûmeat à l'étude sans en être détourné par l'embarras des affaires temporelles, des conversations et des visites. Eofiu il lui était aisé de remarquer combien il y a de différence entre un théologien qui n'a pas d'autre prétention sur la terre que le service de Dieu et de sou Église, et un autre qui se sert de ses talents naturels et acquis comme de moyens avantageux pour s'élever aux plus hautes prélatures. » C'est probablement la modestie d'Arnauld lui-même, uu des reviseurs, qui a fait supprimer cet éloge.
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y avait remarqué quelque chose qui le choquât, il lui répondit, que bien loindecelaille trouvait encore trop modéré, et que si lui-même entreprenait d'écrire de la Pénitence, il eût voulu aller plus loin. Cependant lorsque l'on commença à reprendre quelque chose contre ce qui se lit dans la préface de ce livre, en un endroit où il est dit en parlant de saint Pierre et de saint Paul, que ce sont les deux chefs de l'Eglise qui n'en font qu'un, il se joignit aux ennemis de M. Arnauld pour condamner cette expression, Et sur ce que ce théologien lui témoignait sa surprise sur le sujet d'un changement si inopiné, il lui dit que c'était à cause que l'auteur n'avait pas eu assez d'égard et de considération sur le jugement que l'on en pouvait [porter] à Rome, puisque cette cour était tellement disposée sur le sujet des propositions de cette nature qu'elle condamnait un ouvrage pour une seule mauvaise conséquence que l'on en pouvait tirer, sansconsidérercinquanteautresconséquences qui pouvaient être avantageuses à la même cour *.
Quoi qu'il en soit, on peut regarder ce libelle des Jésuites en 1644 comme l'époque la plus fixe du silence de M. Rallier qui, ne se contentant pas d'être docteur et voulant devenir évêque, voulait avoir des mémoires favorables à l'information de ses mœurs.