‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 251 sur 524 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Le P. Erard Bille, jésuite, enseigne dans Caeu une doctrine hérétique, schismatique et contraire aux lois du royaume touchant la primauté du pape.

Pendant que les Jésuites tâchaient de flétrir par leurs calomnies une proposition fort innocente de la préface de la Fréquente communion touchant saint Pierre et saint Paul, un de leurs professeurs dictait sur cette matière des leçons hérétiques et schismatiques, et établissait nettement des erreurs et des hérésies qu'ils ne pouvaient attribuer à

1. Il y a au ras., en marge de ce paragraphe, l'indication suivante : i Otez ceci de l'endroit où il est parlé de la Fréquente communion. » C'-llc indication paraît postérieure à la copie, car ou trouvait ce pasen termes presque identiques au chapitre î du livre III: il a dû être alors supprime.

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M. Arnauld sans imposture el par des conséquences tout à f;iit éloignées de ses principes et de ses intentions.

La ville de Caen, dont nous aurons sujet de parler plus d'une fois dans cette histoire, fut le lieu où se débita cette pernicieuse doctrine. LeP. Érard Bille, jésuite, qui y enseignait la théologie morale, donnait cette même année le Traité des bénéfices. Et après avoir proposé cette question : si la primauté du pape est de droit divin, il en partagea l'examen en deux articles, dont le premier avait pour titre : De qui est-ce que le pape tient la juridiction qu'il a par toute la terrée c'est-à-dire si c'est de Dieu ou des hommes, de droit divin ou de droit humain; et dans le second, si la primauté de VÉglise romaine est de droit divin. Or la manière dont il traitait ces deux questions se réduisait à établir que le pape n'avait sa primauté que de droit humain, et par la concession des empereurs, citant même entre autres choses la donation de Constantin, que tous les savants regardent comme une pièce incontestablement supposée.

Cejésuite se proposant dans ce même traité cette question : s'il peut y avoir plusieurs papes à la fois, abusait de ce que toute la tradition nous enseigne sur ce sujet touchant saint Pierre et saint Paul, pour en conclure que la même chose se pouvait encore faire présentement, ce qui est tout à fait contraire à la même tradition.

Il y ajoutait les exemples de saint Lin et de saint Ciet, de Liberius et de Félix, de Silveriuset de Vigilius, qu'il croyait avoir tous gouverné conjointement l'Église romaine avec une autorité légitime, et il soutenaitque durant le schisme du siècle 14me, il y en avait eu trois ensemble, savoir : Jean XXIll, Grégoire XII et Benoist XIII, et que depuis après le concile de Baie, il y en a deux, Eugène IV et Félix V.

Mais il couronnait tous ses excès sur cette matière en dressant le plan de la manière dont il croyait qu'il pourrait y avoir ensemble plusieurs papes. Cela se pourra faire, disait-il, soit que l'un fût en Orient et l'autre en Occident, comme dans le schisme, l'un était à Rome, l'autre en France et l'autre en Espagne; et comme autrefois l'un des empereurs était en Orient et l'autre en Occident; soit que les deux papes présidassent solidairement à toute l'Église, comme autrefois saint Pierre et saint Paul, soit que l'un

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