‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 271 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

fut qu'en la troisième ou quatrième [fois] qu'il emporta par importunité, et avec quelque sorte de violence, le peu que cet officier lui accorda.

Les visites qu'il faisait incessamment chez des personnes considérables et puissantes lui inspirèrent la hardiesse de plaider sa cause devant lui avec un peu plus de force qu'il n'avait fait par le passé. Ceux qui l'encouragèrent le plus, et à qui il s'est toujours témoigné le plus obligé du bon succès de son voyage, furent les cardinaux François Barberin, Grimaldi et de Saint-Clément1 ; et entre les laïques, M, le chevalier d'igby, que l'on nommait communément à Rome, Milord d'igby, l'un des premiers seigneurs d'Angleterre. Comme il leur fit entendre qu'il ne se tenait pas fort assuré, ayant à traiter avec un homme aussi violent qu'était cet assesseur du Saint Office, et beaucoup plus passionné pour tous les intérêts des Jésuites que les Jésuites mêmes, ils lui témoignèrent tous qu'il n'avait nul sujet de craindre pour sa personne ; que la cour de Rome n'irait pas vite en une affaire où tant d'évêques de France et tant de docteurs de Sorbonne prenaient intérêt; que les officiers de l'Inquisition ne pouvaient rien par eux-mêmes, et sans ordre exprès des puissances, dans des affaires de cette importance, et qu'en continuant ses instances pour être ouï ils ne doutaient pas qu'il n'obtînt ce qu'il demandait.

L'ayant donc vu deux ou trois fois sans rien obtenir de lui, il commença son quatrième entretien par s'excuser de l'importunité de ses visites si fréquentes; et sur ce que M. Albizzi lui dit que les chaleurs de la saison pouvaient l'obliger à se tenir en repos, il lui répondit que cela ne lui était pas possible, et qu'il aurait un très grand tort d'en user ainsi, sachant que ses parties remuaient toute la ville de Rome pour le faire condamner; que n'ayant qu'une seule affaire, et qui lui tenait tout à fait au cœur, parce qu'il s'agissait de son honneur et de celui de tant de personnes très illustres dans le siècle et dans l'Église qui se reposaient sur lui, il y donnait et y donnerait fort volontiers -oins, son temps, et sa vie même, s'il en fallait venir

i. Le cardinal de Sunt-Clément (15TO-t667) faillit être élu pape à la mort d'Urbain VIII. La France lui donna l'exclusion.

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jusque-là; que sa plus grande peine étail de se rendre importun à des personnes comme lui; mais que la nécessité qui le contraignait d'en user ainsi portait son excuse en elle-même, et qu'il était résolu de demander justice, avec une application et une persévérance si infatigables qu'eu" fin il voulait comme contraindre le Saint Office de la lui accorder, au moins pr opter improbitatem.

Il ne lui dissimula pas même que ce n'était pas la seule certitude qu'il avait de la justice de sa demande qui l'affermissait dans cette résolution; mais qu'il y était encore encouragé par l'avis même des premières personnes de la cour, qui l'assuraient qu'il était impossible qu'on lui refusât dans le tribunal de l'Inquisition ce qu'on accordait aux Jésuites1, puisque c'étaient eux qui avaient donné au Saint Office les accusations sur lesquelles on y examinait le livre de la Fréquente communion; qu'il savait certainement que cela était, et que lui-même, qui savait cette affaire mieux que personne, n'en pourrait disconvenir*; et que comme on y avait reçu leurs accusations et leurs objections, il avait droit d'espérer d'une compagnie si équitable que ses réponses et ses justifications y seraient reçues; qu'il se retranchait uniquement à cela, et qu'il le suppliait très humblement de ne pas le refuser.

M. Albizzi se rendit, quoiqu'avec un peu de peine, à cette dernière instance, lui disant que ce qu'il demandait avec tant d'empressement n'était pas si nécessaire qu'il croyait ; que l'Inquisition saurait trouver aussi bien que lui, dans le livre de la Fréquente communion, ce qui pouvait servir à sa justification, s'il était aussi innocent qu'il le croyait; mais néanmoins que puisqu'il le désirait avec tant de passion et le demandait d'une manière si pressante, il n'em-

i. Écrit puis barré au ms. : « Sur cela M. Albizzi lui dit avec uu peu d'émotion que ce qu'on avait dit des Jésuites n'était pas vrai, et que comme elle ne les avait pas reçus pour parties, elle ne le recevrait pas pour contradicteur. A quoi M. Bourgeois répliqua qu'à la vérité on ne lui avait pas dit, et qu'aussi il ne lui avait pas dit lui-même que les Jésuites eussent été reçus pour parties au Saint Office, mais seulement qu'on les y entendait puisque..., etc. »

2. On lisait d'abord au ms. « Qu'encore que cela fit voir qu'il n'avait pas tant raison de demander d'être reçu pour contradicteur, puisque les Jésuites ses parties n'y avaieut pas été reçus pour délateurs ou accusateurs, néanmoins il était visible que comme.... etc. >>

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