‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 272 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pécherait pas qu'on lui mît entre les mains les principales objections qui se proposaient contre ce livre, qu'il pouvait voir pour cela le R. P. commissaire, et qu'il les lui donnerait.

M. Bourgeois lui ayant fait de très humbles actions de grâces de la bonté avec laquelle il lui accordait sa demande et excusait ses importunités, lui promit d'user d'une aussi grande diligence dans ses réponses qu'il avait remarqué de chaleur en lui dans ses sollicitations, et comme il pensait prendre congé de lui, il l'arrêta pour lui dire deux choses : la première que la promesse qu'il venait de lui faire avait pu lui faire concevoir cette pensée que cette communication serait capable de suspendre toutes les diligences de l'Inquisition contre son livre, mais qu'il aurait tort de se prévenir de cette pensée ; que l'examen qui s'en faisait n'en irait pas plus lentement; mais néanmoins que si ses réponses se trouvaient en état d'être mises dans huit jours sur le bureau de l'Inquisition, il lui donnait parole qu'elles seraient vues et lues avant que de rien prononcer sur le livre.

La seconde chose qu'il lui dit fut qu'il ne manquât pas de se trouver le mercredi suivant devant le tribunal de l'Inquisition, pour y déclarer et signer son nom avec la qualité d'approbateur du livre delà Fréquente communion, à laquelle seule il avait accordé la grâce qu'il venait de lui faire en lui promettant de le faire ouïr. M. Bourgeois n'eut nulle peine à lui donner parole de se trouver le mercredi prochain, au jour marqué, pour y satisfaire à son ordonnance, mais qu'il ne pouvait s'empêcher de lui témoigner que le terme de huit jours qu'il lui donnait pour composer ses réponses et les faire copier était extrêmement court; que néanmoins il tâcherait de le contenter, et qu'il espérait de lui en donner du moins quelque partie dans le terme qu'il lui marquait.

M. Bourgeois étant entré du même pas dans l'appartement du II. P. commissaire pour lui faire part de l'heureux succès de ses sollicitations, et apprendre de lui les objections des Jésuites, ce bon religieux, qui avait toujours aimé et soutenu de tout son pouvoir les bonnes causes (huis l'Inquisition, témoigna une très grande joie de la nouvelle qu'il venait lui dire, ajoutant pour l'assurer qu'il

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ne devait plus craindre de surprise ;t L'avenir ; qu'il le vint trouver dans huit jours, pour apprendre de lui en quel état serait son affaire, et pour lui dire quelles réponses il aurait faites aux objections des Jésuites, et qu'ensuite il lui dirait ce qu'il aurait à faire.

Les principales objections qu'il lui marqua furent cellesci : la première, ce livre parlant de l'ancienne pratique de l'Église dans l'administration du sacrement de pénitence, qui était de ne donner jamais l'absolution qu'après l'accomplissement de la pénitence, dit que cet usage est d'institution divine et de tradition apostolique ; si cela est, l'Église n'a pu changer cette ancienne pratique, et si elle l'a changée, comme il est certain qu'elle l'a fait, elle a donc mal fait, et ce livre vient pour la réformer.

La deuxième : Il dit que la pratique ancienne de ne donner jamais l'absolution qu'après la pénitence accomplie est encore nécessaire présentement. Il condamne donc l'Église qui ne l'observe plus.

La troisième est qu'il traite d'abus la pratique qui est maintenant la plus commune dans l'Église.

Et quoique ce Père reconnût que ces trois objections étaient presque une même chose, et qu'on y pouvait pleinement satisfaire par une même solution, néanmoins, comme elles avaient été données à part, il conseilla à M. Bourgeois de répondre aussi à chacune en particulier. Il lui promit de lui donner toutes les autres après qu'il aurait répondu à ces trois, l'assurant qu'il n'avait rien à craindre des autres, qu'il voyait bien n'être que de pures calomnies, et qu'il lui suffisait d'établir solidement que, selon M. Arnauld, la pratique des saints Pères de l'Église n'est pas absolument 'nécessaire, comme elle l'était en leur temps, et que la condescendance dont elle use maintenant n'est point un abus, quoiqu'on en puisse abuser.

Comme M. Bourgeois reconnut à la manière de parler de ce religieux ce qui lui faisait peine; il l'assura que de sa part ces difficultés ne lui paraissaient nullement considérables, et il lui promit avec tant de confiance de le convaincre que M. Arnauld ne croyait de la pratique d'aujourd'hui que ce qu'il en croyait lui-même, qu'il en témoigna une extrême joie, et lui rendit grâces du plaisir qu'il lui faisait.

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