LIVRE IV
que c'était à eux à s'en servir, et que s'ils ne le faisaient et se perdaient avec leurs paroissiens, leur perte et leur sang seraient sur leur tête et non sur la mienne. »
Le cardinal Capponi ajouta, en finissant ce discours, qu'ayant donné l'archevêché de Ravenne à son neveu Torregiani, ce qu'il lui avait recommandé avec plus de soin et plus de force était l'observation des règles de saint Charles dans l'administration du sacrement de pénitence.
Un entretien si édifiant et si favorable obligea M. Bourgeois à visiter fort souvent un cardinal si bien intentionné, et à le considérer toujours, depuis ce temps-là, comme l'un de ses plus fidèles et plus assurés protecteurs.
Cependant M. Bourgeois voyant toujours M. le cardinal Grimaldi comme son protecteur, et non comme son juge, il apprenait toujours de lui quelque nouvelle de son affaire qui appuyait son espérance et que d'autres n'auraient pu lui dire. Ce cardinal le manda un jour pour l'instruire d'une chose qu'il croyait lui devoir donner plus de crainte qu'elle ne lui en donna effectivement. Il lui dit que le jour précédent, qui était un dimanche, il avait été au grand Gesu entendre le sermon du P. Cliva1, jésuite, qui était alors prédicateur des dominicales, et qui est depuis devenu général de leur compagnie. Que ce Père, qui passait pour l'un des plus célèbres prédicateurs de Rome, avait paru dans son sermon oublier la douceur de son nom, et avait prêché contre le même M. Bourgeois avec beaucoup de véhémence et d'aigreur; qu'à la vérité il n'avait nommé ni désigné personne en particulier, mais qu'il avait assez découvert son intention, en s'élevant contre une doctrine qu'il disait condamner l'Église, et soutenir, même dans Rome, que la coutume de donner l'absolution avant l'accomplissement de la pénitence était un abus; qu'on colorait cette nouvelle erreur du prétexte d'antiquité; qu'il ne fallait pas croire à tout esprit, et qu'il fallait être persuadé que l'Église, qui ne refuse pas l'absolution aux pécheurs, ne se trompe non plus dans sa pratique que dans sa croyance.
M. Bourgeois répondit à ce discours de M. le cardinal Grimaldi qu'il étail fâché que le P. Oliva, qu'il avait en-
i. Jean-Paul Oliva, jésuite (1600- 1681) . 11 devint général de son ordre en 1661.
tendu volontiers jusqu'alors, et qu'il estimait bon religie
se fût laissé surprendre parles calomnies que quelques-uns de ses confrères de la nation française avaient tâché de répandre dans tous les endroits de la ville de Rome où ils avaient pu la faire courir, et même dans le Saint Office; que puisqu'il savait que la calomnie n'est plus un péché chez eux, lui, qui sans doute avait d'autres sentiments sur cela, était obligé de s'éclaircir d'un fait de cette importance, avant que de le croire sur la seule parole d'un jésuite; et que cette précaution était absolument nécessaire avant que de le publier en chaire, comme il avait fait ; que s'il en eût été de la sorte, il s'en serait détrompé, comme lui, M. Bourgeois, croyait très assurément en avoir détrompé le Saint Office; que si ce jésuite s'était contenté d'avancer en chaire cette imposture, il aurait cru qu'il suffisait de lui faire dire ou de lui écrire, que ni lui ni le livre qu'il était venu soutenir à Rome ne condamnaient pas toutes les absolutions qui se donnent avant l'accomplissement de la pénitence; mais qu'ayant avancé ce dogme faux et insoutenable que la coutume de donner l'absolution sur le champ aux pécheurs est celle de toute l'Église, il s'estimait obligé de réprimer par cette réfutation publique cette erreur débitée si publiquement, en cas que M. le cardinal Grimaldi le jugeât à propos; qu'il conserverait toujours le respect pour la personne de ce bon Père, mais qu'il ne qualifierait pas son dogme [de] rien moins que d'hérésie, n'ayant nulle peine à en convaincre ce prédicateur, à moins qu'il ne niât qu'il soit de foi que les prêtres reçoivent dans leur ordination la double puissance de remettre et de retenir les péchés, ce qu'il ne pouvait croire de lui.
M. le cardinal Grimaldi ayant témoigné à M. Bourgeois qu'il ne voyait rien qui le dût empêcher de se défendre contre une accusation si publique, il commença à composer son apologie, et mit en tête ces paroles du prophète Habacuc : Mentielur opus olivœ. 111a divisa en deux parties, dont la première était employée à repousser la calomnie, et la deuxième faisait voir que la pratique des Jésuites, qui est si commune, et que le P. Oliva avait approuvée, étanl comme elle est manifestement contraire à l'esprit et aux règles de l'Église publiées par saint Charles dans les conciles qu'il avait tenus en exécution du sacré concile de