‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 290 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

grâce, la pénitence et l'unité des deux chefs ne lui avait semblé nouvelle quand on commença à en disputer. M. Bourgeois a même su de ses amis qu'il avait dans l'esprit et dans le cœur le livre de la Fréquente communion, longtemps avant qu'il fût mis au jour, qu'il y avait déjà plusieurs années qu'il déplorait avec gémissement devant eux l'abus horrible qui se commettait dans Rome, sur le sujet du sacrement de pénitence et ensuite du plus auguste et du plus divin de nos mystères, par l'ignorance des vérités et de l'ancienne doctrine de l'Eglise ; et que sa joie fut parfaite quand il apprit qu'un docteur de Sorbonne avait recueilli dans un livre toute la doctrine des saints Pères touchant l'administration légitime de ce sacrement; qu'il y condamnait fortement les abus qui régnent en ces derniers siècles, et que cet ouvrage, outre l'appui de sa doctrine, et l'avantage d'une éloquence non commune, avait encore celui de l'approbation d'un très grand nombre d'archevêques, évêques et docteurs de Sorbonne. M. Bourgeoisasouvent ouï de la bouche même de ce jésuite l'éloge qu'il faisait de ce livre, et il savait qu'en différentes occasions il en avait fortement appuyé la doctrine et recommandé la pratique. Ses sentiments touchant la grâce et la prédestination étaient les mêmes que ceux de saint Augustin et de saint Thomas; sa morale, celle des saints Pères; son étude, la tradition; son emploi continuel, la lecture; la fin de ses études, la vérité qu'il a connue, aimée et défendue en toutes sortes d'occasions avec une liberté et une générosité véritablement chrétiennes.

Comme M. Bourgeois savait d'un coté qu'il était du Saint- Office, et qu'il remarquait de l'autre qu'on ne lui avait donné nulle part dans toutes les affaires dont il avait connaissance, et qui dans le sentiment de ce docteur étaient les plus importantes qui se fussent traitées depuis longtemps, il ne put s'empêcher de lui en témoigner son étonnement, et le supplia de lui dire pourquoi on ne l'avait pas nommé entre les censeurs de la première bulle contre Jansénius, sous le pape Urbain \ 111, peu de jours avant sa mort, non plus que dans la censure que l'on venait de faire et de supprimer contre l'association de saint Paul avec saint Pierre, ni dans l'exai qui se faisait alors actuellement du livre de M. Ainauld. Le P . Inchofer répondit à tout cela, avec safran-

chise ordinaire, qu'il avait quelquefois part dans les livres qui se lisaient au tribunal de l'Inquisition pour les examiner, mais qu'il n'en avait jamais nulle dans ceux qui ne se lisaient que pour les censurer; qu'ainsi il avait très peu de part dans les affaires de ce corps, parce que la plupart des livres étaient déjà censurés et flétris avant qu'on les y lût, et que la députation des consulteurs et des censeurs à l'examen du livre par le cardinal n'était qu'une formalité nécessaire pour parvenir à la censure que ce commissaire de l'Inquisition avait déjà résolue ; ce qui faisait que, pour ne point manquer son coup, il ne nommait jamais à cet examen pour consulteurs et pour rapporteurs que ceux dont les avis et les rapports lui seraient toujours entièrement dévoués; que c'était pour cette raison qu'on ne l'appelait et ne l'employait presque jamais dans cette compagnie du Saint-Office, parce que n'étant à la dévotion de personne, et n'ayant nul intérêt que celui de la vérité, autant que Dieu lui faisait la grâce de la connaître, il ne se trouvait commode à personne.

Mais pour s'expliquer plus en détail sur les demandes de M. Bourgeois, il ajouta que ce qui avait fait qu'il n'eût eu nulle part dans les deux censures qu'il venait de lui marquer, non plus que dans l'examen qui se faisait alors actuellement du livre de M. Arnauld, était que toute sa compagnie faisant sa grande affaire de la poursuite de ces censures, et gouvernant les cardinaux à qui le pape, par leurs sollicitations, avait donné la charge de les examiner, ils n'avaient point été assez imprudents pour y faire nommer un censeur des avis duquel ils ne disposeraient pas comme ils auraient souhaité.

Ce fut en cette occasion que M. Bourgeois apprit de lui les causes des désordres de ce tribunal et du juste mépris que font de ses jugements et de ses censures les savants de Rome et de l'Inquisition même, aussi bien que les étrangers; de sorte que les Jésuites mêmes n'en font état qu'autant qu'elles sont favorables à leur parti. Il y joignit aussi quelques-uns des désordres de sa compagnie, qu'il lui fit voir n'être pas moindres, ni moins difficiles à guérir que ceux de l'Inquisition. Mais il lui dit toutes ces choses avec des sentiments de douleur si chrétiens, et en parut si vivement pénétré que M. Bourgeois en sortit persuadé que ce

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