‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 302 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ne blasphème point; que les enfants peuvent sans péché mortel dérober l'argent de leurs pères et leurs mères; que les serviteurs peuvent rendre un ministère déshonnête à leurs maîtres en portant leurs lettres d'amour ; qu'il est permis de soutenir sa réputation par le moyen du duel; repousser un soufflet à coups d'épée ; tuer un homme qui tâche de noircir votre réputation par les calomnies auprès d'un prince, d'un magistrat, ou des personnes d'honneur ; qu'une honnête fille qui a été abusée par un jeune homme peut se décharger de son fruit, avant qu'il soit arrivé, de peur de perdre son honneur; que celui quia séduit une vierge par des caresses ou par des prières n'est point obligé de la doter, comme un homme n'est pas aussi obligé à la restitution, lorsque par ignorance de droit ou de fait, il a pris le bien d'autrui, quand même il serait averti que cette acquisition serait injuste, non plus que celui qui aurait obligé un soldat par ses prières de brûler la maison de son voisin. Et c'est avec raison que, quelles que soient les personnes qui avancent ces opinions monstrueuses ou quelques autres semblables, et en quelque lieu qu'elles les puissent avancer, vous avez raison de dire : « Est-il possible que l'Evangile soit une si méchante nouvelle? »

Entre les bacheliers qui disputèrent dans cet acte, M. Fortin l, présentement l'un des plus célèbres docteurs de la Faculté, et proviseur du collège d'Harcourt, se divertit par manière d'exercice à prouver le meurtre des médisants, et cita pour garants les plus célèbres jésuites, en leur donnanties éloges qui leur sont attribués dans leur Image du ier siècle et ailleurs, les appelant le virginal Sanchez, le profond Vasquez, et ainsi du reste. Toute rassemblée fut témoin de la modération de M. Hermant qui se contenta de soutenir la vérité, se tenant dans un froid et un sérieux conforme à la présence des prélats. Mais les Jésuites, qui en furent sensiblement irrités, en prirent occasion de lui faire ressentir les effets de leur vengeance. Ils lui reprochèrent par écrit d'avoir prononcé des blasphèmes contre l'ancienne loi, quoiqu'il se fût servi des propres paroles de saint Augustin, sur le psaume 70. Et le Père Pinthereau pu-

1. Thomas Fortin, curé de Saint-Christophe et proviseur du collège d'Harcourt, ami particulier de Pascal; ilfit imprimer quelques-unes des Provinciales dans les caves de son collège. 11 mourut en 1680.

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bliant, l'année suivante, un libelle sous le titre des ftntif/ues de M. l'abbé de Sainl-Cyran1, répandit son Gel par cette furieuse invective qui a fait horreur à toutes les personnes équitables, et particulièrement à ceux qui ayant assista à. cette action, n'avaient rien remarqué dans ses réponses qui lui pût servir de prétexte pour s'emporter contre lui à un si grand excès, & Après cette insigne imposture, dit-il, et cet horrible blasphème du sieur Hermant, je ne m'étonne point que Dieu, qui fait souvent des exemples dès cette vie des calomniateurs et des impies au milieu de leurs méchancetés, ait voulu par unjustejugement, qu'à même temps que ce misérable s'en prenait ainsi à sa justice et sa sainteté, lassé qu'il était d'avoir ravi l'honneur et la réputation à ses serviteurs par tant de libelles diffamatoires, tout le monde le vît au milieu de ses réponses, dans la salle de Sorbonne, en présence des prélats qu'il avait convoqués pour servir de témoins à son impiété, honteusement abandonné à un sens réprouvé, et soudainement transformé en un Tabarin de l'hôtel de Bourgogne, se laissant tout à coup transporter à des extravagances si indignes de la majesté du lieu où il était, de l'illustre compagnie qui l'environnait, et de la dignité du sujet qu'il traitait, qu'il semblait vouloir passer pour un maître fol, n'y ayant personne qui ne le jugeât plus digne du bonnet vert que de celui de docteur, et du carcan que de la maison de Sorbonne. Et c'est ici qu'il faut que je prie M. le syndic, pour l'honneur de toute la Faculté de théologie, d'être un peu plus exact que n'a été son prédécesseur à revoir les thèses qui se font pour les sorboniques et les vespéries, etc. »

Il est malaisé de rapporter un exemple plus manifeste que celui-ci de la conduite et de l'esprit des Jésuites, qui croient toutes sortes de moyens légitimes, pour perdre de réputation ceux qui leur résistent. Car quand M. Hermant, qui ne s'est défendu de cet excès et d'une si horrible calomnie que par le silence et par une patience chrétienne, n'en aurait pas été justifié par les emplois qu'il a eus depuis ce temps-là dans l'Université et dans l'Église, et par

1. Publiant... les Reliques de M. de Saint Cyran dans un libelle imprimé par une fausse iuscription chez la veuve de Charles Graviu*. qui était une friponnerie punissable par les lois et les ordonnances du royaume. — Barré au ms.

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