‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 303 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

plusieurs de ses ouvrages, que les plus illustres prélats du royaume ont approuvés avec éloges, la seule apostille du Père Pinthereau lui tiendrait lieu d'apologie. Et en effet, sans chercher sa prétendue hérésie dans le texte de sa thèse, on peut dire qu'elle est tout entière dans la marge du libelle de ce jésuite, où on lit ces mots : « Le sieur Hermant est auteur de la plupart des libelles diffamatoires faits contre les Jésuites : comme des trois Apologies de l'Université, des Vérités académiques, et autres. » Voilà son crime et ce qui l'a rendu digne d'être déchiré par cette plume envenimée, qui ajoute dans la même marge : « Il était accompagné dans cette action d'un nommé Fortin, qui faisait le personnage d'un bateleur plutôt que d'un bachelier; le sieur de Bréda était pour lors syndic. »

Mais cela n'empêcha pas que sur la fin delà même année, M. Cornet, qui avait succédé à M. de Bréda dans la charge d[u] syndicat, n'approuvât encore sa thèse de grande ordinaire, pleine de vérités peu favorables aux Jésuites; que plusieurs prélats de l'assemblée qui se tenait encore ne continuassent de l'honorer de leur présence, aussi bien que de leur amitié, comme entre les autres M. de Montchal, archevêque de Toulouse, qui la lui a continuée tant qu'il a vécu, en l'entretenant par le commerce de ses lettres; que l'Université de Paris ne le tirât de son canonicat de Beauvais l'année suivante, en le contraignant de faire la fonction de recteur, dont il s'est acquitté pendant dix-huit mois, d'une manière qui n'a jamais rien eu de conforme à cette belle peinture que des Jésuites ont voulu faire de sa personne. Mais cette cruelle invective leur réussit si mal dans l'estime des honnêtes gens, qu'ils la retranchèrent euxmêmes dans la seconde édition de ce libelle, et se contentèrent d'accuser M. Hermant, dans leurépître adressée aux docteurs de la Faculté de théologie, d'avoir suivi dans une thèse la doctrine de M. l'abbé de Saint-Cyran, quoiqu'il ne l'eût apprise en ce temps-là que par la lecture de saint Augustin, qui ne lui était pas nouvelle.

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CHAPITKE XVI

Déclaration de M. Calenus, nommé à Pévêché de Ruremonde. Sermon du P. Landsheere, jésuite d'Anvers, contre Jansénius, plein de bouffonneries. On y répond par deux écrits.

La contestation sur la matière de la grâce s'alluma davantage dans les Pays-Bas qu'en France, en l'an 1646. Le sieur Henry Calenus, prêtre licencié en la sacrée Faculté de théologie, vicaire général de M. l'archevêque de Malines, chanoine et archidiacre de la même église, avait été nommé à levêché de Ruremonde. Mais comme il était un des approbateurs du livre de M. dTpres, qui lui avait même confié patson testament l'impression de cet ouvrage, on publiait de toutes parts qu'il 1 avait rétracté par un acte tout contraire, afin d'obtenir ses bulles.

Les Jésuites ont pris le soin de faire imprimer cet acte du 8 janvier 1646, quoiqu'il ne contint autre chose, sinon une déclaration d'avoir mis à l'écart le livre de Jansénius et une promesse de ne le plus lire à l'avenir, et de condamner toutes les hérésies et propositions condamnées par le passé, et qui le seraient à l'avenir, en quelque auteur que ce soit, même dans VAugustinus de M. dTpres.

Mais comme le bruit de cette rétractation lui était injurieux et contraire à ses véritables sentiments, il prit une attestation devant un notaire apostolique, qui certifia que parla déclaration qu'il avait donnée devant le révérendissimeabbé de Saint Anastasie, administrateur de la juridiction apostolique, avec pouvoir de nonce, spécialement commis et député par le Saint Siège apostolique dans les Pays- Bas et dans le comté de Bourgogne, touchant le livre du révérendissime évêque d'Ypres, Cornélius Jansénius, il avait reconnu plusieurs fois en termes exprès, que par un pur respect envers notre Saint Père le pape et le Saint Siège apostolique, il avait depuis quelques mois mis cet ouvrage à l'écart, ne l'avait point lu et ne le lirait plus ; il avait ajouté que néanmoins il n'en pouvait juger autre chose, sinon que ce livre contient la pure et solide doctrine de saint Augustin, laquelle ayant été tant de fois approuvée par l'Église, il l'embrassait aussi, et qu'il était résolu de ne s'en départir

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