CHAPITRE XIX
Censure de l'Inquisition contre les livres de l'Autorité de saint Pierre et de saint Paul, et de la Grandeur de l'Église romaine. On publie des Remarques contre ce décret.
Ouelque soin que l'on eût pris de faire voir que la doc-
1. François Vavasseur, jésuite (1605-1681). Ses discussions avec son confrère Rnpin sont ro?t»''os célèbres.
tiine touchant saint Pierre et saint Paul, on qualité dfl deux chefs qui n'en font qu'un, était avantageuse au Saint- Siège apostolique et n'avait nulle dangereuse conséquence pour l'avenir, le tribunal de l'Inquisition de Rome n'en voulut pas être persuadé, et la censure qu'elle en publia contre le livre De l'autorité de saint Pierre et de saint Paul qui réside dans le pape, comme successeur de ces deux apôtres, et sur celui De la grandeur de V Eglise romaine, établie sur l'autorité de saint Pierre et de saint Paul, fut affichée et publiée aux portes des églises de Saint-Jean-de- Latran et de Saint-Pierre, le 25 du mois de janvier 1647. Cette censure condamnait d'hérésie cette proposition : saint Pierre et saint Paul sont deux princes de V Eglise qui n'en font qu'un, ou sont deux coryphées ou souverains chefs de l'Église catholique très étroitement unis ensemble, ou sont deux chefs de l'Église universelle, qui par une manière toute divine sont réduits à un, ou sont deux souverains pasteurs et présidents, qui ne font qu'un chef, prise en ce sens qu'elle mette une parfaite égalité entre saint Pierre et saint Paul, sans subordination, ni dépendance de saint Paul à saint Pierre, dans la souveraine puissance et le gouvernement de l'Eglise universelle. Or ce sens n'avait jamais été celui de l'auteur, et il suffit de lire de bonne foi ces deux livres pour en être persuadé.
Cette censure, que les Jésuites et leurs partisans avaient sollicitée avec tant d'instance pour la faire retomber sur le livre de la Fréquente communion par une prétention très injuste, ne parut à Paris qu'au mois de mars, ayant été imprimée chez Cramoisy par l'ordre de M. le nonce, d'une manière que les magistrats jugèrent contraire aux lois et aux libertés de ce royaume.
Dès que cette censure parut, on publia un écrit pour en faire voir la nullité par vingt-quatre remarques très solides1.
1. Suit dans le ms. et dans les copies une analyse de ces 24 remarques; elles ont été imprimées dans Je temps sous le titre suivaut : In decretum romanœ lnquisitionis de auctorilale pnncipum aposlolorum Pétri et Pauli notationes, avec traduction française, 16 et 15 pages in-8°. Quelques bibliographes les attribueut à Antoine Arnauld; ses éditeurs ne sont pas de cet avis; ils les croient plutôt de M. de Barcos.