‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 326 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

cœur, il arriva que dans le premier sermon que le P. Des Mares fit, selon la coutume des églises de Paris, au jour de la Purification de la Sainte Vierge, ayant dit que si on prenait pour des nouveautés quelques propositions qu'il prêchait, il aurait bien de ces sortes de nouveautés à dire dans le cours de son carême, on envenima à la cour cette parole innocente, et l'on forma la résolution de l'empêcher de prêcher, non par une autorité ecclésiastique, mais par des voies de fait.

Messire Jean François de Goudy, archevêque de Paris, avait été jusqu'à ce temps-là son protecteur, l'avait justifié en toutes rencontres et soutenu son innocence contre les morsures les plus envenimées de la calomnie. 11 visita encore la reine mère, qui lui demandait l'interdiction du P. Des Mares que les Jésuites sollicitaient pour se venger de celle de leur P. Castillon. Il dit qu'il l'interdirait volontiers s'il se trouvait qu'il fût coupable, mais que n'ayant rien fait qu'on pût justement lui reprocher, il ne pouvait l'interdire sans blesser sa conscience et son honneur. De sorte que les Jésuites, ne voulant pas que le démenti leur en demeurât, supplièrent la reine, que puisque M. de Paris ne voulait pas l'interdire, au moins elle l'éloignât de Paris, afin qu'ils n'eussent pas la honte de le voir prêcher avec éclat, pendant que leur P. Castillon demeurerait dans l'interdiction et dans un silence ignominieux. Elle écouta cette proposition, et les marguilliers de Saint-Merry furent avertis de se pourvoir d'un autre prédicateur pour le carême. A quoi M. Duhamel, leur curé, satisfit en payant de sa personne, et réparant en quelque manière l'outrage que l'on voulait faire à l'Église1. On expédia un ordre pour reléguer le P. Des Mares à Quimper-Corentin, au fond de la Basse

1. 11 y avait d'abord au ms. : « Mais il n'eut poiut assez de force eu cette occasion pour tenir ferme contre la cour. S'il ne se fût agi que d'informer de sa doctrine, il n'y aurait poiut eu de tribunal ecclésiastique où il n'eût dû se promettre de recevoir une sentence favorable. Mais on lit entendre ace prélat qu'il n'était nullement question de cela, que des considérations d'Etat obligeaient les puissances souveraines à lui imposer Bilence, et que cette affaire ne regardait ni la religion m la juridiction épiscopale. De sorte qu'il donna les mains quoiaue malgré lui, et les marguilliera etc.. » Tout ce passage a été barré et Hermant l'a remplacé par celai qui esl à la copie et qui commence à : 'la.

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Bretagne, où ils régnent presque souverainement, et don

il leur est aisé de faire enlever jusqu'aux extrémités du monde ceux à qui ils procurent de temps en temps le mérite et l'honneur de l'exil1. Un exempt le chercha pour exécuter son ordre. On le chercha à l'Oratoire et à l'hôtel de Liancourt où il demeurait alors, à Saint-Cloud chez M. le président Le Coigneux' son ami, et il ne s'en échappa que par une espèce de miracle.

La ville de Paris commençait dès lors à voir allumer dans l'enceinte de ses murailles le feu de la division civile, dont elle se vit embrasée vers la fin de l'été de cette année, et qui se termina enfin à une guerre intestine, après les premières barricades et la sortie du roi. La liberté que l'on se donnait de parler du gouvernement sans crainte et sans retenue trouva une nouvelle occasion dans cette interdiction politique, qui s'était faite sans observer la moindre forme, et que l'on ne pouvait regarder que comme un coup de souveraineté dominante et absolue. Les Jésuites, que Ton en savait être les auteurs, devenaient par là plus odieux qu'ils n'avaient jamais été dans le monde, et on se plaignait hautement de cette basse et honteuse jalousie qui les portait à de si grandes extrémités et à de si horribles violences. Les gens de bien en gémissaient dans le secret de leur cœur, et craignaient que Dieu ne punît par quelques marques éclatantes de sa justice un violement si public de toutes les lois les plus saintes et les plus sacrées. Mais le P. Des Mares se contentait de prier Dieu dans sa retraite, et couvrait d'un humble silence les excellentes qualités qu'il possédait et qu'une continuelle application à l'étude augmentait de jour en jour.

Il se sentit néanmoins obligé de se justifier, par une lettre qu'il écrivit à M. l'archevêque de Paris, d'une calomnie que l'on répandait contre lui. Car on publia partout, que comme il était un jour en conférence avec la Mère Hélène-Angélique L'Huillier3, supérieure des filles de Sainte-

1. Il y avait d'abord au dis. : « Et comme les Jésuites remarquèrent qu'un plu3 long séjour du P. Des Mares à Paris serait un reproche continuel de la violence que Ton exerçait contre sa personne, et dont ils étaient les véritables auteurs, on expédia », etc.

2. Jacques Le Coigneux de Bachaumont, président à mortier, mort en 1651 ; père de l'auteur du célèbre Voyage de Chapelle et Bachaumont .

3. Hélène Angélique Lhuillier (1592-1655), n-:ut été mariée en 1608 à

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