LIVRE I
les prières, et d'être enterrée dans l'église du monastère, et à la charge * que si elle mourait avant que cette maison fût bâtie, Ton apporterait son corps dans celle de Port-Royal pour y être mis en dépôt, et que l'intérêt des 30.000 livres courrait jusqu'à ce qu'on les livrât l'établissement étant fait.
Ce legs étant accepté par l'abbesse et les religieuses de Port-Royal, la dame qui le faisait les en vint remercier avec plus de reconnaissance et d'humilité que si elles lui eussent fait cette grâce, au lieu de la recevoir de ses mains; et Dieu l'ayant appelée à lui peu de temps après que la bulle fut obtenue, la délivrance de ce legs servit à acheter une maison auprès 2 du Louvre, qui devait être la première de l'ordre du Saint-Sacrement.
La reine Marie de Médicis, mère du roi Louis XIII, vint visiter Port-Royal en l'an 1628, pendant le siège de La Rochelle. La Mère Angélique, dont toutes les démarches ne tendaient qu'à donner de continuels exemples de désintéressement, se servit de l'occasion de cette visite pour supplier Sa Majesté d'obtenir du roi en faveur de son monastère le rétablissement du droit d'élection quand il aurait soumis cette ville . à son obéissance. Cette demande assez extraordinaire à une abbesse fut fortement appuyée par Mme la marquise de Maignelay, Marguerite de Gondi3, qui était venue avec la reine à qui elle représenta que cette grâce que demandait Mme de Port-Royal ne tirerait pas à conséquence, parce qu'il se trouverait très peu d'abbesses en France qui, ayant plusieurs sœurs religieuses très capables de conduire des monastères, et des nièces qui pouvaient leur succéder, penseraient à quitter une abbaye pour la mettre en élection.
On se raillait aussi dans le monde de la chaleur avec laquelle M. d'Andilly sollicitait cette affaire pour la Mère Angélique sa sœur, car on ne pouvait comprendre qu'il prît tant d'intérêt à une chose qui était si contraire aux intérêts humains de sa famille, et qu'il fit pour perdre l'espé-