LIVRE IV
dangereuse conspiration. Mais l'effet ne lui en fut jamais plus sensible que dans l'assemblée du deuxième jour de mai. [Voyez la suite dans le Journal de Saint-Amour, lre partie, ch. iv, p. 6-7.]
Écrits de deux docteurs particuliers de l'Université de Douai, adressés à l'archiduc Léopold, eu forme de protestation. Ce prince y répond.
Depuis le commencement des dernières disputes sur la matière de la grâce, arrivées à l'occasion de la bulle d'Urbain VIII, les Jésuites, qui préfèrent les adresses et les subtilités politiques aux arguments de théologie, s'étaient toujours étudiés à gagner les particuliers, et encore plus les communautés ecclésiastiques et religieuses et les corps de gens de lettres, pour augmenter le nombre de leurs sectateurs. La résistance de l'Université de Louvain les incommodait, ils trouvèrent plus de facilité à abattre celle de Douai; mais quoiqu'elle fût peu nombreuse, ils ne pouvaient, sans s'exposer à quelque hasard et à quelque contradiction publique, exiger de tout le corps des docteurs des actes favorables à leurs desseins. Mais comme ils disposaient plus aisément de deux ou trois particuliers qu'ils y avaient fait entrer dans le dessein de s'en servir comme d'émissaires de leur compagnie, ils les engagèrent à soutenir leurs intérêts par des protestations affectées, dont ils savaient bien quel usage ils devaient faire dans ta suite.
Ce fut par le ressort de cette secrète cabale que les sieurs Colvenerius1, Dubois1 et Randoux, qui prenaient la qualité de docteurs etde professeurs ordinaires de cette université, demandèrent à des notaires apostoliques acte d'une protestation qu'ilsadressèrentà M. l'archiduc Léopold, gouverneur dos Pays-Bas.
Ils exposaient à ce prince qu'ayant appris d'un religieux très digne de créance que quelques personnes de TUniver-
t. i.i'iiiv,- Colvener 1564 L649), docteur en théologie. i. Kraoçoia de i<- Boe ou Du K<>i>. en Latin Sylvius, professeur de théologie à Douai 1581-1649).
site de Louvain', Les avaient traduits par leurs écrits cm mu: ayant, non seulement souscrit autrefois à la doctrine que l'on attribue principalement à Jansénius et à Baîus, maimême yétant encore attachés par un engagement opiniâtre,
ils ne croyaient pas que l'on pût inventer un plus grand mensonge, puisqu'il était constant qu'ils avaient reçu la première bulle d'Urbain VIII, d'heureuse mémoire, contre Jansénius; qu'ils l'avaient publiée solennellement dans leurs écoles publiques, et que le pape avait pris occasion de cette conduite d'honorer leur Université d'un bref particulier, qu'ils avaient encore entre les mains, et de leur donner sa bénédiction, pour avoir obéi sipromptement au Saint-Siège Apostolique; et qu'ayant reçu avec respect les lettres que le roi leuravait très certainement adressées sur ce sujet, ils avaient affiché aux portes de leurs écoles cette bulle dans toute son étendue, sans que personne ait osé la toucher du bout du doigt pour lui faire la moindre atteinte; qu'ils avaient protesté par plusieurs fois, et protestaient encore tout de nouveau, d'avoir toujours rendu obéissance au Saint- Siège et au roi catholique, et d'avoir toujours voulu que la doctrine de .lansénius fût condamnée, de telle sorte qu'aucun docteur de la Faculté de théologie de Douai n'en avait jamais été infecté; que c'était ce qui rendait leur douleur d'autant plus grande que l'injure qu'on leur faisait en cela était plus atroce et tout à fait insupportable, et traduisant le nom de leur Université devant le sérénissime archiduc, comme s'ils étaient des enfants désobéissants de l'Eglise catholique; mais que, bien loin d'avoir donné lieu à cette accusation, ils avaient jugé au contraire, par un consentement unanime, qu'il était à propos de supplier très humblement Son Altesse de s'appliquer sérieusement à arracher jusqu'à la racine de cette doctrine jansénienne, qui n'enseigne nullement les sentiments de saint Augustin. Et parce que ce mal empirait et s'augmentait tellement de jour en jour qu'on publiait faussement que la plus saine partie de cette contrée du Pays Bas et l'Université de Douai en étaient infectées, il était à craindre que des esprits brouillons ne communiquassent cette pernicieuse doctrine ou dans les Universités, ou dans les monastères ou ailleurs, à quelques personnes imprudentes et peu versées dans la lecture