‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 349 sur 524 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Port-Royal, le jour de saint Augustin, docteur de la grâce de J.-C.

Jusqu'alors M. Jean François Paul de Gondy, archevêque de Paris, avait été le protecteur de la maison de Port Royal, et avait toujours témoigné une affection paternelle et toute particulière à la Mère Marie Angélique, comme à sa chère fille spirituelle. C'était sous son autorité que M. Singlin travaillait à la conduite de ce monastère, dont il avait plus de sujet d'être satisfait qu'il ne l'avait jamais été après les louanges que M. Du Saussay ' son grand vicaire et son officiai, avait données à cette sainte maison, ensuite d'une visite faite dans toutes les formes. Mais comme ce prélat se laissait fort gouverner par les capucins, ils prévinrent tellement son esprit en cette rencontre par les plaintes qu'ils lui portèrent jusqu'à Angers, dans son abbaye de Saint-Aubin, qu'il écrivit le 22 de septembre à son promoteur, en lui ordonnant de faire venir incessamment le même M. Singlin, pour lui défendre de plus prêcher dans tout son diocèse, et lui faire connaître par écrit, les sujets de cette interdiction.

M. le Promoteur l'ayant averti, par un billet du 24 du même mois, de le venir trouver chez lui, M. Singlin, qui ne savait encore rien de cet ordre, alla voir M. l'Official, qui le lui dit, l'ayant appris au conseil de M. l'Archevêque, lui témoigna le déplaisir de ce que cette commission ne lui étant point adressée, il se voyait réduit à l'impuissance de le servir, et lui conseilla d'aller voir M. le Promoteur, de se justifier envers M. de Paris par une lettre et de faire écrire ses amis.

Le lendemain, le P. de Gondy ayant appris cette nouvelle de la bouche de M. Singlin, témoigna être étrangement surpris du procédé de M. de Paris, son frère, et eut peine à concevoir qu'il interditainsiune personne de mérite, contre toutes les formes, et avant que de l'avoir ouïe; qu'il lui conseillait de lui écrire pour sa justification, quoique possible [sic) il ne fécouterait pas; que de sa part il lui écrirait volontiers, mais qu'il ne croyait pas que cela servît de rien ; qu'il lui mandât que le P. de Gondy et M. de Liancourl

i. André Du Saussay, (1595-1675), curé de Saint-Leu ù Paris, grand rlcaire et officiai «le L'archevêque <!»• Pari-, puis évêque <]<> Toul.

é taie ni au Bermon dont on lui avait l'ail des plaintes; que sur sa réponse il rendrait témoignage;! la vérité, étani bien aise que M. de Paris lui donnât occasion de lui écrire làdessus; qu'enfin il lui conseillait de voir M le coadjuteur.

M. Singlin ayant suivi son avis, M. le coadjuteur envoya à l'instant même M. Salmont, un de ses domestiques, avec M. Du Gué de Bagnols1, vers M. l'Official, pour lui dire qu'il l'obligerait fort d'aller trouver de sa part M. le Promoteur, pour faire en sorte qu'il ne signifiât pointa M. Singlin cette interdiction de prêcher; qu'il allait beaucoup de son honneur à souffrir qu'un prédicateur fût interdit, dans le diocèse de Paris et dans la ville capitale, à son insu, et que cette conduite était d'autant plus fâcheuse qu'elle arrivait à contre temps dans la conjoncture où les affaires étaient alors.

Mais l'éloignement de M. l'archevêque de Paris, dont les ordres étaient exprès pour cette interdiction, rendit alors inutiles toutes les sollicitations des amis de M. Singlin, qui étant obligé de défendre son innocence, en écrivit à ce prélat le 29 du même mois8.

M. Singlin finissait cette relation véritable des points qu'il avait touchés en ce sermon, en disant que s'il avait été si heureux que M. l'archevêque se fût trouvé à Paris, il aurait pu en être informé, tant parle rapport de quelques-uns de nosseigneurs les prélats qui y assistèrent, que par celui de plusieurs autres personnes de grande condition, et entre autres de M. son frère, le R. P. de Gondy, de M. le maréchal de Schomberg et de M. de Liancourt, sans parler d'un grand nombre de docteurs de Sorbonne, et d'autres ecclésiastiques de suffisance et de probité reconnues, ne doutant point que ces personnes non passionnées, et dont le témoignage irréprochable ne lui pouvait être suspect, ne l'assurassent qu'ils n'avaient point trouvé qu'il eût rien dit de contentieux en cette prédication, ni qui pût raison-

1. Guillaume Du Gué de Bagnols, maître des requêtes et conseiller d État avait vendu sa charge eu 16i8 et s'était retiré au château de» Trous, près de Port-Royal. Il mourut en 1657.

2. Ici, conformément à ses habitudes, Hermant cite au style indirect la lettre de Singlin ; la partie essentielle de cette lettre est citée textuel lement dans V Histoire de Port-Royal de dom Clémencet, tome III, p. 85.

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