‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 361 sur 524 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

véritables auteurs, en cas qu'il y en eût de supposés. Ce second point ayant excité plus de crainte qu'auparavant, et les disciples de saint Augustin se croyant obligés de représenter au syndic les dangereuses suites qui naîtraient d'une telle conclusion, M. Cornet, qui avait beaucoup contribué à en faire la demande, insista sur cette obligation. 11 dit que ce n'était nullement une invention et une adresse de M. Ballier, mais une ancienne discipline de la Faculté, qui l'avait toujours très exactement observée, sinon que depuis quarante ou cinquante ans elle en avait un peu interrompu l'usage, en recevant quelques ouvrages et consentant à leur approbation sans connaître les noms des auteurs, ce qui était arrivé en partie par négligence, et quelquefois pour des sujets qu'elle avait jugés raisonnables. Mais qu'elle pouvait, pour des raisons plus fortes et pour remédier aux désordres qui en pourraient être les suites, reprendre cet ancien usage et y assujettir ses docteurs. Qu'elle ne ferait en cela que ce que le concile de Trente ordonne, et qu'exécuter le décret qu'elle en avait fait autrefois, et qui était conforme aux ordonnances de nos rois.

Cette raison fit une telle impression sur l'esprit du syndic qu'il s'en servit jusqu'à la fin de l'assemblée; néanmoins ceux de son parti, qui l'avaient reçue avec un applaudissement général, s'en départirent pour faire passer plus aisément le premier point de la délibération, et craignirent qu'on ne leur attribuât qu'ils se seraient prévalus de cette occasion si honteuse pour couvrir la confusion qu'ils avaient depuis tant d'années de manquer d'écrivains capables de les défendre, jusqu'à avoir tâché, quoique sans succès de suborner l'un des disciples de saint Augustin, qu'ils croyaient avoir les qualités nécessaires, pour leur acquérir en cela quelque réputation.

Les délibérations ayant commencé après toutes ces contestations, les avis, quoique très différents dans le commencement, se réduisirent à deux, dont le premier fut ouvert par M. Hennequin, qui représenta en peu de mots que ce livre contenant une doctrine très saine, et ayant été composé pour l'honneur de la Faculté, et pour la vénération de ses décrets, il estimait qu'elle le pouvait agréer, sans l'approuver néanmoins positivement, puisque sa coutume n'était pas d'approuver des livres ; que cette civilité lui offrait un

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moyen d'acquérir beaucoup de réputation, et exciterait quantité d'auteurs célèbres à de semblables travaux, qui ne pourraient être que très utiles à l'Eglise.

Le second avis fut celui de MM. Pereyret et Morel, qui proposèrent que, puisque l'auteur ne voulait point déclarer son nom, la Faculté ne devait point l'écouter sur la proposition qu'il lui faisait faire de lui dédier son livre, sans toutefois rejeter positivement cette demande, ni faire aucune mention qu'il l'en aurait suppliée, de peur de donner aucune atteinte à l'ouvrage. Il avait ajouté que si l'auteur voulait que la Faculté reçût son livre et lui permît de le lui dédier, en ce cas-là il jugeait qu'elle pourrait lui donner des docteurs pour l'examiner, et conférer avec lui sur les divers points de doctrine qui y étaient contenus ; mais cette dernière circonstance en fut retranchée par les docteurs de son parti qui opinèrent après lui; car ils avaient plus de dessein de flétrir ce livre, et de lui donner quelque atteinte, que de le mettre en état d'être honoré. Et ce fut ce qui porta les plus chauds d'entr'eux à dire que la Faculté devait députer des docteurs pour supplier M. le garde des sceaux d'empêcher l'édition de ce livre avec les éloges qu'ils savaient être en son honneur.

M. Cornet apporta deux raisons pour empêcher que la Faculté n'agréât ce livre, et elles étaient tirées, tant de ce qu'il avait dit auparavant, que de ce qu'il prétendait que cette conduite donnerait occasion dans la suite du temps à quelques auteurs de différentes opinions de faire passer leurs sentiments pour la doctrine de cette même Faculté ce qui la rendrait ridicule. Il reprit ensuite son premier dessein, touchant la déclaration expresse des noms des auteurs qui voudraient publier leurs livres, ou qui en demanderaient l'approbation à la Faculté, puisqu'ils engageaient sa réputation en quelque manière, et qu'il se pourrait trouver des occasions où elle paraîtrait coupable, si les livres à l'approbation desquels elle aurait consenti contenaient une doctrine contraire aux ordonnances des rois et aux arrêts du Parlement.

M. Pignay, qui parla immédiatement après lui, dit que la doctrine du livre dont il s'agissait était conforme à celle de l'Église, qu'elle était très avantageuse pour corriger la plupart des abus qui se commettent tous les jours par les

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