LIVRE IV
encore dans le collège de Beauvais et fat recteur de l'Université de Paris, s'était appliqué depuis plusieurs années à l'étude des saints Pères de l'Eglise, et à la lecture des anciens et nouveaux canons. Voulant faire part à l'Église de ses veilles, et dédier son ouvrage à la Faculté pour le rendre plus authentique, il s'adressa à M. Hennequin pour en supplier l'approbation.
Ce professeur de Sorbonne en demanda la permission à l'assemblée, et le proposa sous un titre beaucoup plus long que n'est celui sous lequel il a paru depuis, car il l'intitulait alors : Libri de clericorum sanctimonia opusculum 1. De necessaria unius uni clerico ecclesiastici bene/icii singularitate, adversus pravam plurium, ut hodie vivitur, in unum idemque caput sacrorum ejusmodi ministeriorum coacervationem. Ad celeberrimum decretum sacrae Facultatif theologorum parisiensiumA. D. i 2 3 8 , peccati mortalis considerate constanterque damnantium plur alitât em beneficiorum, si quidem novum eorum possessori ad victum sufficiat. Auctore CLAUDIO DE PARIS. Theolog. — Peccator videbit et irascetur. Psalm. 111. M. Hennequin dit que l'auteur l'avait chargé de supplier la Faculté de sa part de recevoir agréablement cet ouvrage, et de souffrir qu'il le publiât comme lui étant dédié.
Sur ces paroles, M. Grandin, parlant hors de son rang, proposa que le nom qui paraissait au frontispice de l'ouvrage n'était pas celui de l'auteur, et que pour cette considération il devait lui être rendu sans être agréé de la Faculté, parce qu'il avait déguisé son nom véritable. Mais M. Quéras1, qui devait être l'un des approbateurs du livre, dit qu'il n'était point nécessaire que Fauteur se déclarât, mais qu'il suffisait que la doctrine contenue dans un livre fût conforme aux sentiments de l'Eglise et aux décrets de la Faculté; ce que tous les docteurs non passionnés remarqueraient en celui dont il s'agissait, par la lecture qu'ils en feraient. Que cette suppression de nom était fondée sur de très justes raisons; il en allégua l'exemple de l'auteur de la défense d'une censure delà Faculté, qui avait été faite, il y a environ vingt ans, sous le nom de Petrus Aurelius, et celui de deux petits ouvrages de M. Morel, dont le premier
1. Mathurin Quéras (1614-1695), grand vicaire de M. de Gondrin à SenB.
avait éclairci quelques difficultés touchant saint Pierre et saint Paul, et l'autre qui avait pour titre : Les sentiments dtsaint Augustin, avait paru sous le nom de Claude François.
Cette repartie, qui devait fermer la bouche aux docteurs engagés dans la défense de Molina, ne servit qu'à les irriter, et la chose alla si loin, par le bruit et le tumulte qu'ils excitèrent en cet instant, qu'ils donnèrent sujet de croire qu'ils avaient dessein de perdre le livre, l'auteur et ses protecteurs; les uns disaient que c'était une production des pharisiens de ce temps-là, les autres que c'était une suite de la réforme qu'ils avaient prétendu commencer, et qui serait bientôt accompagnée d'autres ouvrages de même nature, pouiTachever. Quelques-unsse plaignaientdece quel'auteur renouvelait des choses dont la mémoire était presqu'effacée depuis plusieurs siècles, et qu'il les voulait obliger maintenant, par un excès de sévérité, à observer des règles abolies depuis longtemps et dont le renouvellement ne servirait qu'à troubler la piété des fidèles et àgêner la conscience d'un très grand nombre de bons serviteurs de Dieu. Quelques autres ajoutaient que la Faculté devait prévenir tous les autres ouvrages de cet esprit de réforme, et empêcher par toutes sortes de moyens justes et légitimes qu'ils ne parussent en public, ou au moins faire connaître, par des marques évidentes et sensibles, qu'elle n'y prenait aucune part. Enfin l'amour-propre était fertile en réflexions, et l'intérêt lui fournissait des paroles et des plaintes pleines de chaleur et de véhémence pour plaider sa cause.
M. Hallier, syndic, passa jusqu'à l'excès, et dit qu'en une occasion telle qu'était celle-là, un auteur ne pouvait taire son nom sans trahir la vérité, ou sans en rougir par une mauvaise honte; et il ne plaisait pas à ce docteur de considérer que par là il se condamnait lui-même, parce qu'il en avait usé ainsi depuis quatre ans, en répondant au P. Pinthereau, jésuite qui avait pris le nom de l'abbé de Boisic, ainsi qu'on le lui représentait actuellement dans l'Assemblée. Il ajouta qu'il était d'avis que la Faculté délibérât sur deux points : le premier, si elle agréerait que ce livre lui fût dédié; le second, si elle n'obligerait pas dès cet instant même les docteurs qui supplieraient pour des approbations, de certifier des noms qui seraient apposés aux livres qu'ils lui présenteraient, ou du moins de déclarer les