LIVRE V
Labadie en avait fait part à Bourg, ce qui ayant obligé le même P. Jacquinot à s'en éclaircir avec lui, il avoua que ses indispositions l'avaient contraint de solliciter sa retraite, mais il nia tout le mystère de ces apôtres chimériques1. On usa envers lui de toute l'indulgence possible, en le logeant dans la chambre la plus commode de la maison, et on lui permit de vivre en particulier; et ce fut là qu'ayant entrepris de mener la vie de saint Jean-Baptiste, en ne voulant plus manger que des herbes dans un temps où sa santé avait grand besoin d'être rétablie par de bons bouillons et par de fortes nourritures, il tomba par son indiscrétion dans une maladie extrême, et lorsqu'il en fut guéri, il alla à Bourg chez son frère, solliciter sa sortie des Jésuites, étant même résolu de s'adresser au Parlement, pour demander cette liberté par une requête. Enfin comme les Jésuites, qui tâchaient par toutes sortes de moyens de le retenir chez eux, le virent inflexible sur ce point, le P. Jacquinot lui envoya son congé comme par force, et lui en expédia l'acte, à sa requête, le 17 avril 1639.
S'étant revêtu de l'habit ecclésiastique, il conserva pendant quelque temps les austérités de sa vie prétendue de saint Jean-Baptiste, ne vivant que d'herbes et de légumes, et fit le catéchisme en quelques villages; mais une rechute assez prompte ayant été le plus grand fruit de son indiscrétion dans la pratique du jeûne, il se remit pour toujours à la vie commune, et commençant à se défier de quelquesuns de ses disciples qui ne voyaient pas beaucoup de rapport entre ses dernières actions et ses premières prophéties, il revint encore une fois à Bordeaux, où il ne put s'établir, parce que le P. Deschazes, supérieur de la maison professe, sollicita fortement contre lui dans le conseil de messire Henry d'Escoubleau de Sourdis, archevêque de la même ville; et après avoir pris congé de M. Gault, pour lors curé de Sainte-Eulalie, et depuis évoque de Marseille où il est mort en odeur de sainteté, il prit le chemin de Paris.
Ce fut là où, ayant obtenu de M. Froger, docteur de Sorbonne et curé de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, la permission de prêcher, il fut écouté pendant quelque temps avec
1. Cette phrase est mal construit.', il pourrait y avoir quelques omissions.
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applaudissement a des grilles, jusqu'à ce qu'une dame de grande condition, d'une piété reconnue et d'ailleurs très affectionnée aux Jésuites, porta feu M. de Caumartin, I ne d'Amiens, à lui donner de l'emploi dans son diocèse. Nous avons déjà remarqué une partie de ce qui s'y passa. Il y fut fait chanoine de l'église collégiale de Sainl- Nicolas, et procurant l'érection d'une nouvelle confrérie, sous l'autorité de son évêque, il choisit sainte Magdeleine pour le modèle de ceux qui voudraient mener dans cette congrégation une vie chrétienne et pénitente. Ceux qui prirent sa conduite ont toujours conservé la foi; et plusieurs d'entre eux se sont rendus recommandantes par la prière, par la retraite, par la charité, par l'assiduité à leurs paroisses, et par leur respect sincère envers les pasteurs de l'Église. On a su depuis que ses mœurs avaient été fort éloignées du règlement et de l'austérité qu'on y remarquait ; mais ce mystère d'iniquité était caché à ses plus intimes amis et à M. d'Amiens même, qui n'en a rien su, que depuis que ce fourbe spirituel se fut retiré de son diocèse.
Ayant donc repris encore une fois le chemin de Paris, sur la fin du mois d'août de l'année 1644, il se rencontra qu'en ce même temps M. l'évêque de Bazas, Henry Litolfi de Marom, qui s'en retournait à son diocèse, et qui cherchait un prédicateur pour l'avent et le carême prochains, l'emmena avec lui, sur la fin du mois de septembre, pour prêcher dans sa cathédrale. Les Jésuites y envoyèrent exprès un des leurs, qui était de Bazas, pour publier par avance qu'on exercerait sur eux des rigueurs insupportables, et qu'ils se devaient attendre qu'on ne leur prêcherait que des erreurs et des hérésies. Comme ce jésuite, qui avait beaucoup de parents dans la ville, avait prévenu les esprits sur ce sujet, à peine eut-il fait six ou sept sermons, qu'on l'accusa d'avoir prêché plusieurs propositions pleines d'erreurs, d'ignorance et de blasphème. M. de Bazas, qui avait assisté à tous ces sermons et qui n'y avait rien ouï que d'orthodoxe, l'obligea, pour la satisfaction des âmes faibles de lire lui-même en pleine chaire ces propositions qu'on lui imposait faussement d'avoir prêchées, et qu'il informât publiquement tout le monde combien ses sentiments étaient éloignés d'une si pernicieuse doctrine.
11 le fit en présence de ce prélat et de tous les corps de la