‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 379 sur 524 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

qu'ils répondissent aux livres que l'on publiait contre eux. Car si la modestie de ceux ^dont ils] déchiraient [la] réputation par des écrits, ou l'aversion qu'ils avaient pour les contestations et les querelles les obligeaient à se taire, ils ne manquaient point aussitôt d'insulter à leur silence, et de le faire passer' pour une marque de l'impuissance où ils prétendaient qu'ils étaient de répondre à ce qu'on leur avait objecté. Que si au contraire ils répondaient aux livres que Ton publiait contre eux, ils les blâmaient comme prévaricateurs des décrets et des ordonnances du Saint-Siège; comme si le privilège d'écrire et de débiter ou en public ou en particulier tout ce qu'ils voulaient eut été un droit uniquement acquis à leur compagnie, qui en pouvait user souverainement comme il lui plaisait, ou sans nom d'auteur ou en prenant de faux noms, ou marquant leur véritable nom au frontispice. Que si au contraire ceux qui défendaient la doctrine de saint Augustin se marquaient par leur propre nom au commencement de leurs ouvrages, ou par ceux de l'imprimeur ou des approbateurs de leurs "livres, les Jésuites suscitaient aussitôt contre eux ou leurs supérieurs ecclésiastiques, ou les magistrats séculiers. Mais s'ils cachaient leur nom ou le supprimaient, ils ne manquaient pas de crier aussitôt que c'était par une secrète défiance de leur cause qu'ils se couvraient de ténèbres, par la seule crainte de la lumière et d'être repris de leurs fautes. Et que comme ils en avaient toujours uséainsidès le commencement de cette dispute, ils venaient encore tout fraîchement de renouveler cette plainte injuste, en prétendant que l'on se trouvait réduit à l'impuissance de répondre aux conformités qu'ils se vantaient d'avoir remarquées entre les articles tirés du livre de Jansénius, et ceux qui avaient autrefois été condamnés par la bulle de Pie Y. Voici quelle <i\;iit été l'occasion do cette plainte si déraisonnable.

La Faculté de théologie de Louvain avait présenté plusieurs requêtes à l'archiduc Léopold, gouverneur des Pays- Pays, et aux conseils du roi d'Espagne pour protester que si de plusieurs articles qui avaient autrefois été condamnés par la bulle de Pie V, on en pouvait remarquer un seul, que M. Jansénius évêque d'Ypres eût ou renouvelé ou

I. Le ms. était, ici fautif, c'est une correction, de J.i main «le Sainte- 15. m: i toute apparence, qui rétablit le s.

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défendu, ainsi que La bulle d'Urbain \ill le lui attribuait, elle était prête d'abandonner à l'instant même la défense

de son livre, et cette Faculté avait demandé humblement que l'on marquât des commissaires qui reçussent par écrit l'accusation et la défense de ce livre quant à ce fait, afin d'en porter ensuite la décision au tribunal de N. S. P. le pape par l'autorité du roi d'Espagne.

Toutes les personnes de bon sens avaient trouvé cette protestation et cette demande si justes et si raisonnables, que, comme ils virent que les Jésuites hésitaient de l'accepter, ils crurent que cela seul était capable de faire voir à tout le monde que ces Pères se défiaient de la bonté de leur cause. Ils leur en firent des reproches, pour résister à tous leurs emportements contre M. d'Ypres, et témoignèrent ne pouvoir comprendre comment ils pouvaient avoir la hardiesse de contraindre leurs adversaires de jurer qu'ils étaient d'accord en toutes choses avec une bulle qu'eux, qui la faisaient tant valoir, ne pourraient vérifier en marquant un seul article.

Ces reproches continuels obligèrent les Jésuites à faire un extrait de vingt-huit articles du livre de Jansénius, qu'ils soutenaient conformes à vingt-huit autres condamnés depuis longtemps par la bulle de Pie V, et ils les donnènèrent, non aux théologiens de Louvain, qui les leur avaient demandés avec tant d'instances, mais à un prélat, les mettant secrètement entre ses mains pour les faire passer de là dans celles d'un autre évêque de ses confrères.

Ce dernier ne s'étant pas mis en peine d'y répondre, parce qu'il ne croyait pas qu'ils lui eussent été communiqués dans ce dessein, mais seulement pour son instruction particulière, les Jésuites publièrent de tous côtés qu'enfin les docteurs de Louvain étaient convaincus et couverts de honte par la conformité de ces articles qu'ils avaient tant demandés et qu'ils venaient de leur donner. Ils dirent la même chose aux oreilles des princes, et la persuadèrent aussi aux ministres du Saint-Siège apostolique, qui avaient soin d'informer le pape de tout ce qui se passait sur ce sujet. Cependant les docteurs de Louvain, à qui les Jésuites n'avaient point fait de part de cet écrit, ni par eux-mêmes, ni par leurs amis, passaient pour déserteurs de la cause qu'ils s'étaient engagés de soutenir. Ce fut ce qui obligea

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