‹ Mémoires de Godefroi Hermant sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 380 sur 524 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

M. Sinnich de publier cet écrit, qui montre que cette prétendue conformité des paroles de M. d'Ypres avec les propositions condamnées par Pie V était une très grande disconvenance; et il exécuta cette entreprise avec autant de solidité que de lumière. Il mit cet ouvrage au jour sur la fin de cette année, puisque l'on voit qu'il y cite l'interdiction des Jésuites de Sens par leur archevêque, qui n'était arrivée qu'au mois d'août.

Le P. Ignace Huart, abbé bernardin de Flandre, avait été attaqué l'année précédente par un écrit fort injurieux, et qui ne combattait pas moins la pureté de ses mœurs que celle de sa doctrine, sous le nom de Correction fraternelle ; et on lui faisait un grand crime de s'être caché sous le nom de Ranutius Higatus, qui était l'anagramme d'Ignatus Huarus. Il fut soutenu vigoureusement, en cette année 1650, par un livre intitulé : Exceptiones et vindicûe pro Ranutio Higato adversus criminationes et errores quibus ejus doctrina et mores impetuntur ab auctore libelli cui titutus, Correctio fraterna Ranutii Higati anagrammatici I. H. Ad. R. P. Petrum Marckantium, Ordims FF. Minorum Régularis etStrictioris Observant i;e Commhsarium Gmeralem, etc.*. Et parce que l'on avait encore répliqué, pour accuser l'auteur de cette réponse d'avoir encouru les censures portées par les bulles des papes, il fut encore défendu par un autre écrit qui a pour titre : Appendix vindiciarum pro Ranutio Higato. Cet abbé accepta à la fin de cet écrit l'arbitrage qui lui était proposé par son adversaire pour régler leur différend, et nomma pour arbitre Vincenlius Lenis, c'est-à-dire M. Fromond.

On donna aussi vers ce temps- là un catalogue des livres imprimés depuis quelques années touchant la grâce, la pénitence, etc. Et un autre sous ce titre : Thesis apologeticœ sine istius œvi operum nomenclatura. C'est contre cette feuille que le P. Annat en produisit une à qui il donna pour inscription : Jansenius per Orihodoxorumet Hoterodoxonun thesis et antitkesis productus et profligatus.

l. Il «'~t question de ce livre dans V Histoire du Jansénisme de GerberoD a la «lato de 1649 (tome Ier, p. 268;; l'attribution .i L'année 1650 tet donc erronée si Gerberon, d'ordinaire si exact nes'esl pas trompé <

502 MÉMOIRES DE GODEFROl BERMAN1

CHAPITRE XX |Divers écrits dee défenseurs de Molina pendant L'année 1650-

Outre les ouvrages que nous venons de marquer par occasion en rapportant ceux des disciples de saint Augustin, on en vit paraître plusieurs en différents endroits du monde chrétien, composés par des personnes de divers ordres et de diverses conditions.

Dès le mois de janvier, ceux de 1 Université de Douai, qui étaient liés fort étroitement aux Jésuites, publièrent une réponse à la Lampe de saint Augustin, allumée par M. Fromond et la qualifièrent : Responsio seniorum Facultafis tlteologise Duacenae adversus lucemam Augustinianam editam contra veritatem et œquitatem censurœ. Et ils y joignirent un autre petit ouvrage, savoir : Explicatio doctrines articulorum a D. Lersœo, concepta jussu Nuntii Apostolici et ad Guillelmum Estium missa an. 158K

Au mois de janvier, messire Simon Le Gras, évèque de Boissons, prit l'occasion de quelques thèses publiées et soutenues dans son diocèse pour défendre tout de nouveau de traiter des questions delà grâce, soit dans les sermons, soit dans les catéchismes, soit dans les disputes, soit dans les livres, et proscrivit tout de nouveau le livre de Jansénius, comme contenant des propositions condamnées parles papes. Son ordonnance, qui est du 4 février 1650, fut imprimée à Paris, cette même année, et les Jésuites en ont fait l'un des ornements de leur triomphe imaginaire.

Dans ce même mois, M. Abelly mit au jour un petit traité intitulé : Medulla theologica, qui a inspiré l'aversion de saint Augustin à une infinité de catholiques ignorants, et qui a fait voir par le grand nombre de ses éditions qu'il n'y a rien de si dangereux qu'un petit livre de cette nature, lorsque le caprice, ou la paresse, ou la cupidité des hommes, lui donne un grand cours dans le monde; car il y en avait jusqu'à sept éditions en 1662.

Il y avait eu à Paris un laïque qui se mêlait de controverse contre les hérétiques, qui se signalait en courant les villes et les campagnes, afin de disputer contre eux. Étant

hvre v 503

mort en ce même mois, on vit graver sa figure avec cet écriteau sortant de sa bouche : Scrutamini scripturas, son écusson était au haut du côté droit de son image avec trois couteaux, deux en chef, et l'un en pointe ; et au côté gauche, il y avait trois torches ardentes posées en sautoir. Mais il n'y avait rien de plus horrible que l'inscription que l'on avait fait graver au bas de son portrait en taille-douce, contenant ces mots : « Le bienheureux maître Jean Clément Le Coustelier, exterminateur des hérétiques, donnant la fuite à tous leurs ministres far toutes les provinces du royaume de France, et embâillonneur des Jansénistes renieurs de Dieu sauveur de l'Univers : Obdormivit in Domino, VIII Februar. M. />. C. L. Aetatis X LIX. On voulait par là rendre odieuses à toute la terre des personnes très catholiques et très innocentes, et soulever contre eux le simple peuple. Mais les auteurs de cet ouvrage excitèrent l'indignation dés personnes équitables et furent contraints de corriger une si horrible inscription.

Le P. Vavasseur, jésuite, ne fut guère moins emporté, lorsqu'au mois d'avril il publia un livre plein de feu et de soufre, qu'il nomma : J ansenius suspectus . 11 prétendaitfonder ce soupçon sur sept choses : 1° Sur ce que Jansénius était auteur de Mars Gallicus; 2° sur ce qu'il avait intitulé, Augustin, son ouvrage de la grâce; 3° sur ce qu'il avait composé l'Hérésie pélagienne; 4° sur ce que l'un et l'autre sexe et des personnes de toutes conditions disputaient de Jansénius ; 5° sur ce que les Jansénistes ne voulaient nullement être jugés par les docteurs en théologie de la Faculté de Paris; 6° sur ce qu'ils empêchaient que le pape ne prononçât aucun décret sur cette matière, ou éludaient ceux qu'il avait prononcés; 7° sur ce qu'il prétendait qu'ils étaient semblables à Calvin, en cinq chefs, où il ne manquait pas d'intéresser l'Etat et l'Eglise, en tâchant de leur faire concevoir de vaines terreurs contre des personnes très innocentes, qui n'avaient pris nulle part aux derniers soulèvements du royaume. Mais comme ce livre n'avait point d'autre force que celle de la passion et de l'auimosité de son auleur, il se ruina de lui-même sans qu'on fût obligé d'y répondre.

Le P. Dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant, lit aussi imprimer dans ce même mois, une Lettre <h> remercîments à \l de Bou'i ~<jis, avec l> J{<fpo)>se à ses eonfér,enceê,

504 MÉMOIRES DE GODEFKÛI UEKMANT

Le 9 mai, il sortit de la presse un libelle qualifié : Réponses catholiques aux demandes du prétendu Catéchisme de la grâce. Et le 13 du même mois le P. Nicolaï, jacobin, adn

à son général une lettre manuscrite touchant la doctrine de Jansénius.

Le 30, les Jésuites produisirent un autre libelle qu'ils baptisèrent : Catholica disceptatio de Ecclesiaprxsentis temporis, cum Epistola ad Vincentium Lenem, authore Vincentio Severino Claravallensi, etc. Le P. Annat, qui reprochait si souvent aux autres qu'ils se déguisaient, s'était caché sous ce nom, mais ses confrères lui ont fait justice, et ont grossi le catalogue de leurs auteurs de la restitution qu'ils lui ont faite de cet ouvrage.

Le général des Capucins ayant fait une ordonnance pour son ordre, datée du 21 juin, on publia quelque temps après la Condamnation de la doctrine des Jansénistes par les Révérends Pères Capucins, en leur chapitre général tenu à Rome cette année sainte, avec quelques autres particularités, A Paris chez Variquet.

Presque dans le temps même que le P. L'Ermite, jésuite, mettait en lumière à Douai, son Catéchisme, ou abrégé de doctrine touchant la grâce divine, le P. d'Orisy^ son confrère, publiait un autre écrit à Paris pour combattre celui de M. Feydeau, et c'est lui qui est l'auteur de la Réfutation du prétendu Catéchisme de la grâce par saint Augustin. M. Arnauld a remarqué quelques-uns des excès de ce jésuite.

Pendant le mois d'août, ceux de la Faculté de Douai étant toujours fort échauffés contre M. Fromond et ses amis de Louvain, publièrent un écrit, intitulé : Epistola Devant [Facultatis] Theologicse Duacensis ad FulgentiumEmunctorii lucernulœ suse auctorem.

Le P. Petau, publiant son quatrième tome de ses Dogmes théologiques au mois d'août de cette année, s'y voulut signaler en plusieurs endroits. Car il y combattait la doctrine de saint Augustin en la première partie, où il traite de la liberté de J.-C, au livre 11, où il parle de son impeccabilité ; au livre 13 où il parle de l'office de J.-C. médiateur, contre la doctrine de Jansénius. Mais il s'emporte avec une furieuse passion contre M. l'abbé de Bourzeis, qu'il traite d'hétéro-

Page 1