CHAPITRE
Réflexions sur un décret de l'Inquisition.
Au commencement de l'année 1651 on tâcha de remédier par un écrit très solide aux maux que les Jésuites s'étaient efforcés de faire en répandant de toutes parts le décret de l'Inquisition de Rome sur le sujet des deux Catéchismes de la grâce.
Il l'avaient fait imprimer deux fois et en deux diverses manières, premièrement par Cramoisy1, en y joignant quelques autres pièces, et entre autres deux lettres de M Bagni, nonce du pape, mais ayant supprimé autant qu'ils avaient pu, ils avaient fait imprimer ce même décret par Mathieu Colombel, en lui donnant ce titre : Faux et séditieux décret de notre Saint Père le pape, Innocent X, donné en l'assemblée générale de nosseigneurs les éminentissimes et révérendissimes cardinaux contre le catéchisme des Jansénistes et excommunication de ses auteurs. Ils eurent soin de le faire crier ainsi dans toutes les rues de Paris par leur autorité particulière, et d'une manière qui ne choquait pas moins les lois ecclésiastiques que les civiles, n'étant point permis par les unes de publier aucun décret qui regarde la religion que par l'autorité de l'ordinaire, et étant expressément défendu par les autres de publier en France de semblables décrets de l'Inquisition de Rome. Et ils commettaient en ce titre cinq ou six faussetés notables, outre celles qu'ils avaient faites encore dans la traduction du décret :
1° En ce qu'ils changeaient un simple décret de l'Inqui-
1. Sébastien Mabre Cramoisy, libraire fameux, à l'enseigne <irs <I<mix
cigognes, sub ciconiis.
512 MÉMOIRES DE GODEI ROI BERMAN1
silion en un décret du pape, qui sont deux choses 1res différentes par leur confession même;
2° En ce qu'ils disaient que ce décret avait été donné en l'assemblée générale des cardinaux, comme si le pape avait fait assembler tous les cardinaux pour prononcer avec eux sur la condamnation de ces livres, quoi que l'on sût qu'il n'y a jamais que deux ou trois cardinaux qui assistent à cette congrégation, et que, n'examinant point les livres qui s'y proposent, ils s'en rapportent au jugement de deux ou trois moines, que l'on appelle qualificateurs, ainsi qu'il était porté par ce décret même;
3° En ce qu'ils disaient, par une fausseté scandaleuse, que ce décret avait été donné contre le Catéchisme des Jansénistes, n'y ayant pas un seul mot de M. Jansénius, ni dans le catéchisme, ni dans le décret;
4° En ce qu'ils ajoutaient « avec excommunication de ses auteurs », après l'avoir attribué aux prétendus jansénistes, afin de faire croire au peuple, par la plus noire de toutes les calomnies, que les disciples de saint Augustin, qu'ils appelaient Jansénistes, étaient excommuniés par ce décret, au lieu que la peine dont il y était parlé ne pouvait tomber que sur les Jésuites;
5° En ce qu'ils supprimaient dans ce, titre le nom de leur Catéchisme de Douai, qui était défendu par ce décret aussi bien que celui de la Grâce, ce qui était le comble de leurs impostures et de leur mépris contre le pape qu'ils faisaient auteur de ce décret, puisque c'était vouloir qu'il eût droit de défendre les livres de leurs adversaires, mais que ces mêmes défenses ne pussent porter aucun coup contre leurs livres;
6° En ce qu'ils changeaient en condamnation ce qui n'était qu'une simple prohibition et défense, traduisant ces mots latins du décret : Prokïbendum censuit, en ces mots français : 77 a été d'avis de condamner.
On publia donc au commencement de 1651 un ouvrage très considérable et très solide, composé par M. Arnauld avec ce titre : Réflexions sur un décret de l'Inquisition de Home, portant défense de lire le catéchisme de la grâce et un autre catéchisme contraire, fait à Douai sous le même titre1.
1. Suit au ms. une longue citation de l'opuscule d'Aruauld qui se trouve au tome XVII de l'édition in 4° de Paris-Lausaune (1718.)